Certification périodique et acupuncture ?

  Les points essentiels

·        Vous restez libre de pratiquer l’acupuncture en tant que médecin, mais vous ne pouvez pas l’utiliser pour satisfaire l’obligation de certification périodique.

·        Aucune action “acupuncture” ne comptera : DU/DIU/capacité, congrès d’acupuncture, formations, et pratiques associées (ex. moxibustion) sont exclus du référentiel de la médecine générale tel que cité.

·        Planifiez votre parcours sur votre spécialité de rattachement (souvent la médecine générale) : vos actions validantes devront relever des 4 axes du programme (connaissances/compétences, qualité des pratiques, relation patient, santé du professionnel) hors acupuncture.

·        Concrètement, privilégiez (selon le référentiel applicable) : DPC “MG”, congrès/colloques de médecine générale, EPP/analyses de pratique, RMM, démarches qualité, accréditation, formations relation-soin et communication, actions sur la santé du soignant.

·        Anticipez la preuve : conservez attestations, programmes, traces de participation et éléments de qualité (utile lors du suivi par l’Ordre).

·        Risque en cas de non-conformité : l’Ordre identifie les manquements, accompagne à la régularisation ; à défaut, procédure disciplinaire possible.

·        Fenêtre de temps : cycle de 6 ans (ou 9 ans si déjà en exercice au 1er janvier 2023) — cela laisse du temps, mais il faut répartir les actions sur le cycle.

·        Option “plaidoyer” (incertaine) : une demande de labellisation d’actions acupuncture auprès du CNP MG est évoquée, mais peut être bloquée par l’arrêté du 26 février 2026 (texte opposable). Ne pas baser sa stratégie de certification dessus.

 

Comme je vous en parlais dans le bulletin n°35 de juin 2024, la certification périodique chez les médecins est une obligation légale entrée en vigueur le 1er janvier 2023 pour tous les médecins qu’ils soient en exercice libéral ou hospitalier [[1]]. Voici les principaux points à retenir publiés dans le bulletin n°103 du CNOM [[2]], paru au Bulletin officiel Santé par Arrêté du 26 février 2026 et publié ensuite au Journal Officiel de la République française n° 0050 le 27 février 2026 [[3]].

La durée de certification est de six ans. Elle est portée à neuf ans pour les médecins déjà en exercice au 1er janvier 2023. 

Le programme de certification repose sur quatre axes : l’actualisation des connaissances et des compétences, l’amélioration de la qualité des pratiques professionnelles, la relation avec les patients et la prise en compte de la santé du professionnel lui-même. Les actions déjà réalisées depuis 2023 (DPC, congrès, accréditation, etc.) pourront être prises en compte dans votre parcours.

Le suivi et le contrôle de la certification sont confiés aux Ordres. Leur mission sera d’identifier les médecins qui n’auront pas rempli toutes leurs obligations et de les accompagner dans leur parcours de certification. En l’absence de régularisation, des procédures disciplinaires pourront être engagées, pouvant aller jusqu’à la reconnaissance d’une insuffisance professionnelle.

Bref, la certification vise avant tout à renforcer la confiance des patients et à maintenir la qualité de notre système de santé dans la durée.

De ce fait, il est nécessaire de réaliser des actions qui s’inscrivent dans ces quatre grands axes.

La participation à des congrès, l’enseignement, les groupes d’analyse de pratique, les réunions de concertation pluridisciplinaire, les revues de morbi-mortalité ou encore les démarches d’auto-évaluation de son état de santé, etc.., sont autant d’actions validantes possibles, à condition de les réaliser selon le référentiel qui nous concerne, à savoir l’acupuncture.

Or le référentiel élaboré par le conseil national professionnel (CNP) de la spécialité dont dépend l’acupuncture est le CNP de Médecine Générale. Le Dr Cyril Bègue, président du Collège de médecine générale (CMG) assure les missions de CNP pour les généralistes.

Le référentiel a été publié en août 2025 et on peut y lire dans l’annexe 1 page 4 du référentiel des médecins généralistes : « Les actions en lien avec les pratiques suivantes ne peuvent pas être prise en compte dans la démarche de certification en médecine générale : acupuncture, aromathérapie, art-thérapie, auriculothérapie, biologie totale, chiropraxie, décodage biologique, fleurs de Bach, homéopathie, iridologie, jeûne à visée préventive ou thérapeutique, magnétisme, médecine antiâge, médecine esthétique, mésothérapie, moxibustion, musicothérapie, naturopathie, ostéopathie, phytothérapie, réflexologie, sylvothérapie, zoothérapie. » [[4]]. 

On aurait pu croire malgré tout que dans le bloc 1 « Améliorer les connaissances et les compétences », qu’une formation certifiante ou diplômante dans le champ de la médecine générale, dispensée dans des établissements à caractère universitaire ou non, pourrait correspondre à une action. D’ailleurs, un annuaire ayant pour objet de recenser tous les DU, DIU ouverts aux médecins généralistes et pouvant leur être pertinents pour la certification périodique est visible sur le site du CMG [[5]]. De même, une organisation, une intervention ou une participation à une journée, colloque, ou conférence à caractère scientifique ou professionnel dans le champ de la médecine générale, et non financés par des industries de santé, comme le Congrès CMGF, le Congrès CNGE, le Congrès MG France, les Journées du SML, etc.., engendre une labélisation de fait.

Hélas, aucun DIU, aucun DU, aucune Capacité d’Acupuncture, pourtant diplôme d’État, aucun congrès d’acupuncture, comme celui du 28e congrès de la Fédération des Acupuncteurs pour la FORmation MEdicale Continue (FAFORMEC) des 20 au 21 novembre 2026, aucun DPC (Développement Professionnel Continu) en acupuncture, obligation annuelle, ne peut être utilisé pour la certification périodique, en vertu de l’arrêté du 26 février 2026 qui a introduit une règle nouvelle et impérative d’exclusion de l’acupuncture. Néanmoins, le DPC en acupuncture reste pleinement valide pour l’obligation annuelle de DPC.

Il existe néanmoins une incohérence dans l’annuaire du CMG, outil informatif et non normatif car il est possible selon toujours cette annexe 1 de solliciter une labellisation auprès du CNP MG.

Le CNP Acupuncture pourrait ainsi déposer une demande officielle auprès du CNP de Médecine Générale (MG), une démarche que j'avais déjà préconisée en 2024 [1]. L'objectif serait de demander la labellisation d'actions non présentes dans le référentiel actuel, en mettant en avant le caractère scientifique du prochain congrès de la FAFORMEC à Nîmes. Nous pourrions argumenter que cette reconnaissance est un levier essentiel pour valoriser une pratique médicale rigoureuse et lutter contre l'exercice illégal de l'acupuncture.

Hélas, on risque de se heurter à cet arrêté du 26 février 2026, encore lui, qui est un texte réglementaire officiel et opposable à cette labellisation par le CNP MG.

En effet, le ministère a voulu exclure certaines pratiques non conventionnelles de la certification périodique, même si elles sont enseignées à l’université. C’est une décision politique, pas une évaluation de la qualité des DU.

Ainsi donc l’acupuncture est exclue de la certification périodique des médecins généralistes acupuncteurs.

C’est une exclusion réglementaire totale.

Elle s’applique à tous les blocs (1, 2, 3, 4).

Il semblerait que la raison de cette exclusion est le fait de limiter la certification périodique aux pratiques reconnues par la médecine fondée sur les preuves et d’éviter que des pratiques non validées scientifiquement soient comptabilisées dans une obligation légale.

C’est une décision motivée sans doute par la campagne de désinformation, la controverse et la déconsidération dont fait l'objet l'acupuncture à la suite à diverses affaires médiatiques.

Ces événements s'inscrivent dans la campagne de dénonciation publique menée depuis plusieurs années par la mouvance NoFakeMed contre les « pseudomédecines ». Et le grand souci vient du fait que l’acupuncture est systématiquement classée parmi les « thérapeutiques complémentaires et alternatives », également désignées sous les termes de « médecines intégratives » ou de « pratiques de soins non conventionnelles ». Ces expressions renvoient à une même nébuleuse regroupant des thérapeutiques, des pratiques de soutien en santé publique ou de bien-être, comme des démarches d’inspiration spirituelle. Et malgré toutes les preuves cliniques abondantes qui recense plus de 400 indications médicales validées par des revues systématiques, méta-analyses et recommandations cliniques internationales, concernant l’acupuncture et techniques associées [[6]], l’acupuncture ne peut être considérée comme une discipline médicale à part entière.

On peut malgré tout continuer à pratiquer l’acupuncture en tant que médecin. Mais on ne pourrait plus l’utiliser pour remplir son obligation légale de certification périodique.

Et il sera alors nécessaire de la remplir par des actions selon la médecine générale ou la spécialisation dont on dépend.

 Dr Jean-Marc Stéphan, Président du Syndicat National des Médecins Acupuncteurs de France (SNMAF)



[1]. Stéphan JM. Certification périodique chez les médecins. Bulletin n°35 SNMAF juin 2024. [Publié le 21 juin 2024]. [Consulté le 30/04/2026]. Disponible à l’URL : https://www.meridiens.org/acumedsyn.org/images/BULLETIN%20DU%20SNMAF%20N35.pdf.

[2]. Bulletin de l’Ordre national des médecins. N°103 mars -avril 2026. [Publié le 10/04/2026]. [Consulté le 30/04/2026]. Disponible à l’URL :  https://www.conseil-national.medecin.fr/publications/bulletins-lordre-medecins/medecins-ndeg103.

[3]. Bulletins officiels des ministères chargés des affaires sociales. Arrêté du 26 février 2026 relatif aux référentiels de certification périodique des professions de santé relevant d’un ordre professionnel. [Publié le 27/02/2026, en vigueur au 30 avril 2026]. [Consulté le 30/04/2026]. Disponible à l’URL : https://bulletins-officiels.social.gouv.fr/arrete-du-26-fevrier-2026-relatif-aux-referentiels-de-certification-periodique-des-professions-de-sante-relevant-dun-ordre-professionnel.

[4]. Collège de la médecine Générale. Référentiel de certification périodique pour les médecins généralistes [publié le 29/08/2025]. [Consulté le 30/04/2026]. Disponible à l’URL :https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/52referentiels_de_certification_pdf.pdf#page=4.

[5]. Collège de la médecine Générale. Diplômes d’Université (DU) et Inter-Universitaires (DIU). [Consulté le 01/05/2026]. Disponible à l’URL : https://www.cmg.fr/annuaire-du-diu/.

[6].  GERA (Groupe de recherche et d'études en acupuncture). Preuves en Acupuncture.  [Consulté le 30/04/2026]. Disponible à l’URL: http://ebm.wiki-mtc.org/doku.php.

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