La puncture sèche appelée « dry needling », ou plus récemment par l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes « puncture kinésithérapique par aiguille sèche » est préconisée par l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes dans son avis CNO n°2018-01[1]. L’Ordre s’appuie sur  les articles L 4321-1, R4321-1, R4321-7, R 4321-59, R4321-62, R.4321-80 R 4321-84, R4321-85, R4321-113 et R.4321-114 du code de la santé publique[2] et émet l’avis suivant : « Dans le cadre de la prise en charge des patients, le kinésithérapeute/physiothérapeute met en œuvre dans sa pratique quotidienne des moyens manuels et instrumentaux adaptés à l’évolution des sciences et techniques. Parmi les techniques de physiothérapie destinées à obtenir un effet de relaxation neuro-musculaire et antalgique la « puncture kinésithérapique par aiguille sèche ou dry needling » est communément utilisée par les physiothérapeutes de nombreux pays. Sa mise en œuvre nécessite la réalisation d’un diagnostic kinésithérapique, sans préjudice de l’établissement d’un diagnostic médical. Elle impose comme tout traitement l’accord préalable du patient qui doit être informé sur le protocole mis en œuvre, l’efficacité et les risques de cette technique dont le caractère invasif reste proportionné au but. Le choix du patient d’interrompre les soins devant être respecté à tout moment.  L’utilisation d’aiguilles sèches stériles vise exclusivement la peau ou le tissu musculaire… ».

Or nulle part selon l’article L4321, l’usage de l’acupuncture n’est autorisé pour les kinésithérapeutes, car il s’agit d’un acte médical !

« Ainsi l’article R4321-7 cite tous les actes possibles à réaliser par la profession :

« Pour la mise en œuvre des traitements mentionnés à l'article R. 4321-5, le masseur-kinésithérapeute est habilité à utiliser les techniques et à réaliser les actes suivants :

  1. Massages, notamment le drainage lymphatique manuel ;
  2. Postures et actes de mobilisation articulaire mentionnés à l'article R. 4321-4 ;
  3. Mobilisation manuelle de toutes articulations, à l'exclusion des manœuvres de force, notamment des manipulations vertébrales et des réductions de déplacement osseux ;
  4. Etirements musculo-tendineux ;
  5. Mécanothérapie ;
  6. Réalisation et application de contentions souples, adhésives ou non, d'appareils temporaires de rééducation et d'appareils de postures ;
  7. Relaxation neuromusculaire ;
  8. Electro-physiothérapie :
  9. a) Applications de courants électriques : courant continu ou galvanique, galvanisation, diélectrolyse médicamenteuse, le choix du produit médicamenteux étant de la compétence exclusive du médecin prescripteur, et courant d'électro-stimulation antalgique et excito-moteur ;
  10. b) Utilisation des ondes mécaniques, infrasons, vibrations sonores, ultrasons ;
  11. c) Utilisation des ondes électromagnétiques, ondes courtes, ondes centrimétriques, infrarouges, ultraviolets ;
  12. Autres techniques de physiothérapie :
  13. a) Thermothérapie et cryothérapie, à l'exclusion de tout procédé pouvant aboutir à une lésion des téguments ;
  14. b) Kiné-balnéothérapie et hydrothérapie ;
  15. c) Pressothérapie. ».

Or, comme l’indique expressément le paragraphe « 9. Autres techniques de physiothérapie : a) Thermothérapie et cryothérapie, à l'exclusion de tout procédé pouvant aboutir à une lésion des téguments », il est bien spécifié dans le Code de la santé publique que les kinésithérapeutes ne peuvent pas utiliser tout procédé pouvant aboutir à une lésion des téguments, ce qui est justement le fait des aiguilles d’acupuncture qui peuvent engendrer ce genre d’incident mais aussi des effets secondaires[3] insuffisamment décrits dans leur module de 50 heures réparties sur trois séminaires.

Répétons-le, puncturer la peau est un acte totalement médical. La puncture kinésithérapique par aiguille sèche n’est qu’une modalité d’acupuncture, déjà utilisée de manière courante par tous les médecins acupuncteurs.

Mettre en avant la justification théorique liée au trigger point ou point gâchette donnée par David J. Simons et Janet G. Travell dans les années 1950[4], ne change nullement la nature de l’acte qui reste toujours de l’acupuncture, comme le précise encore le livre de Hans-Ulrich Hecker et coll.[5].

 

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[1]. Conseil National de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes. Avis du Conseil national de l'ordre du 13 juin 2018 modifiant l'avis du 14 juin 2017 relatif à la pratique par un kinésithérapeute de la "puncture kinésithérapique par aiguille sèche". [Consulté le 17/07/2021]. Disponible à l’URL : https://allier.ordremk.fr/files/2020/09/avis-cno-n2018-01-cno-13-et-14-juin-2018v-puncture-seche-avis.pdf.

[2].  Code de la santé publique : Chapitre Ier : Masseur-kinésithérapeute (Articles R4321-1 à R4321-145) [Consulté le 17/07/2021]. Disponible à l’URL: https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072665/LEGISCTA000006190616/#LEGISCTA000006190616.

[3]. Brignol TN, Stéphan JM. Y-a-t-il des effets secondaires à l’acupuncture ? Acupuncture & Moxibustion. 2013;12(1):50-55.

[4]. Simons DG. Cardiology and myofascial trigger points: Janet G. Travell's contribution. Tex Heart Inst J. 2003;30(1):3-7.

[5]. Stéphan JM. Recension. Pocket Atlas of Acupuncture and Trigger Points de Hans-Ulrich Hecker, Angelika Steveling, Elmar Peuker, Kay Liebchen. Acupuncture & Moxibustion. 2019;18(1):91-92.