Les « médecines intégratives et complémentaires », une catégorie à déconstruire et non un espace à structurer : les cas médiatiques des Pr Berna, Ninot et Falissard

Voici ci-dessous le résumé de  l'excellent article du Dr Johan Nguyen, l'un des directeurs du Groupe d'études et de recherches en acupuncture (GERA).
Cet écrit analyse avec précision la controverse et la déconsidération dont fait l'objet l'acupuncture à la suite à diverses affaires médiatiques. Ces événements s'inscrivent dans la campagne de dénonciation publique menée depuis plusieurs années par la mouvance NoFakeMed contre les « pseudomédecines ».
 

L’acupuncture est systématiquement classée parmi les « thérapeutiques complémentaires et alternatives », également désignées sous les termes de « médecines intégratives » ou de « pratiques de soins non conventionnelles ». Ces expressions renvoient à une même nébuleuse regroupant des thérapeutiques, des pratiques de soutien en santé publique ou de bien-être, comme des démarches d’inspiration spirituelle. Aucune définition opératoire ne permet de rendre compte de manière cohérente, sans contradictions, du contenu et des limites de cette catégorie.

Cette indétermination n’est pas contingente. Elle est structurelle : elle ne relève pas d’un défaut de clarification mais de la logique même de la catégorie et se maintient parce qu’elle sert des intérêts. La catégorisation est performative : en instituant comme champ unifié un ensemble hétérogène de pratiques, elle produit un espace qui devient un enjeu académique, professionnel, financier et idéologique, tant pour son contrôle que pour son accès.

Nous avons déjà évoqué l’Agence des médecines complémentaires et alternatives (devenues adaptées A-MCA), dont l’ambition était d’accéder à un statut d'agence gouvernementale. Sur le plan académique et universitaire, le Collège universitaire de médecine intégrative et complémentaire (CUMIC) et la Non-Pharmacological Intervention Society (NPIS) se sont proposés comme acteurs de structuration de cet espace.

Trois affaires médiatiques récentes illustrent les effets prévisibles d’une catégorisation artificielle qui porte en elle-même les conditions de controverses récurrentes.

 
Comme je l'avais souligné dans le bulletin d'octobre 2025, où j'appelais à la tenue d'États Généraux de l'Acupuncture, notre discipline subit des attaques incessantes liées à la désinformation journalistique et à un amalgame regrettable avec une nébuleuse de thérapeutiques complémentaires.
 
Je réaffirme que l'acupuncture est une véritable discipline médicale qui doit bénéficier de son propre cursus et de son indépendance. Elle ne doit plus être assimilée aux médecines intégratives, douces ou alternatives, ni être confondue avec les autres interventions non médicamenteuses (INM).
 

 

 

 La catégorisation en « médecines intégratives et complémentaires » (ou sous des dénominations équivalentes) n’est définie par aucun critère médical clair permettant de rendre compte précisément du contenu du champ. Cette catégorie n’est pas médicale mais socio-historique ; elle procède d’un cadrage idéologique.

 En tant que catégorie idéologique, elle tend structurellement à produire des controverses récurrentes (comme l’illustrent les trois cas médiatiques rapportés ici). Elle substitue ainsi au débat scientifique un débat idéologique.

 La clarification suppose de déconstruire cette catégorie et de distinguer deux registres : celui, scientifique, de l’évaluation de l’efficacité thérapeutique et celui, professionnel et social, de la régulation et du contrôle des pratiques. Chacun mobilise des instances précises, des acteurs et des méthodes propres qui ne sauraient être confondus.

 Le registre premier, s’agissant de thérapeutiques, est celui de l’évaluation de l’efficacité. Il implique de se référer aux avis indépendants des institutions médicales compétentes dans ce domaine, particulièrement à travers leurs recommandations de bonne pratique. Le niveau d’accord observé dans les recommandations internationales constitue un indicateur robuste pour apprécier l’état des données probantes et dépasser d’éventuels avis contradictoires.

 Érigée, malgré elle, en emblème de la catégorie des « médecines intégratives et complémentaires », l’acupuncture doit en devenir le principal levier de déconstruction.


Lisez donc cet article du Dr Johan Nguyen sur le site du GERA :  Les « médecines intégratives et complémentaires », une catégorie à déconstruire et non un espace à structurer : les cas médiatiques des Pr Berna, Ninot et Falissard

 

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