Observation d’omnipraticiens acupuncteurs : tension entre dissociation et intégration de deux systèmes médicaux (1). Enjeux identitaires et contexte des années 1970-1980

 Résumé : La spécificité des omnipraticiens-acupuncteurs est de mobiliser deux systèmes médicaux, biomédecine et médecine traditionnelle
chinoise, caractérisés par des représentations, des croyances, et des comportements individuels et collectifs spécifiques. Médecins et
institutions naviguent dans un espace caractérisé par la tension entre l’intégration et la dissociation de ces deux systèmes médicaux, afin
d’accéder à une légitimité à différents niveaux. Issu d’un travail de thèse de médecine générale, cet article a pour objectif de présenter
une ethnographie de la pratique de ces médecins « hybrides », à partir d’une enquête par observation participante. Après analyse des
déterminants de leurs itinéraires professionnels, la consultation sera disséquée afin de comprendre ses rouages et le mode d’intégration de
la dualité des références théoriques à chacune de ses étapes. Enfin, l’observation rapprochée des interactions médecin-patient permettra
d’identifier certains points remarquables de la relation que procure la particularité de cette pratique.

 

Introduction
L’acupuncture, pratiquée aujourd’hui en France par 5,3 % des médecins généralistes, émerge dans les années 1970 en tant que discipline médicale scientifique alors qu’elle se structure peu à peu pour devenir un segment officiel de la profession médicale, dont l’événement marquant sera l’entrée à l’université en 1987. La spécificité de ces Médecins à « Exercice Particulier » est de mobiliser deux systèmes médicaux, ou, comme le définit I. Press, deux corpus de valeurs et de pratiques délibérées gouvernés chacun par un paradigme de signification, identification, prévention et traitement de la maladie, et qui se trouvent en interrelation. Le premier, la biomédecine, est le système dominant et le plus légitime aujourd’hui en Occident. Le second, la médecine chinoise, est également une médecine « totale » c’est-à-dire diagnostique et thérapeutique, qualifiée de « non-conventionnelle ». Cette marginalité s’inscrit dans le processus historico-culturel qui a déterminé les règles de validité des connaissances en occident.
Ces médecins vont faire référence, dans leur pratique, à un bagage théorique double : la médecine positiviste, déterministe et expérimentale, et l’acupuncture,
née d’une lecture empirique et cosmologique du monde et de l’être humain dans le cadre d’un système philosophique traditionnel, mais modernisé et standardisé en Chine dans la deuxième moitié du XXème siècle. Ces deux façons, conceptuelle et symbolique, de penser la réalité ainsi que la finalité du vivant, présentent des contradictions d’ordre épistémologique. Lorsque l’on étudie les représentations de la maladie qui en découlent, à partir des modèles de F. Laplantine, on obtient une opposition quasi parfaite (tableau I).

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