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Anosmie au château d’Amboise

 

 

Ne plus pouvoir percevoir le parfum des brins de lavande si odoriférants lorsqu’ils sont cueillis juste avant l'ouverture des fleurs, est un vrai crève-cœur pour chaque patient atteint par le virus SARS-CoV-2, même si la vue sous le ciel  orageux du château royal d'Amboise, palais grandiose des rois Charles VIII et François Ier à la Renaissance, lieu de sépulture de Léonard de Vinci, témoignage exceptionnel des profonds changements qui se sont opérés en Europe aux XVe et XVIe siècles [1], pourrait compenser la perte d’un sens.

Aussi, l’on peut se réjouir qu’à la suite d’un article sur l’anosmie post-traumatique [2], François Pierrot va nous montrer l’intérêt de l’acupuncture dans l’anosmie en rapport cette fois avec la pandémie COVID-19, alors que la thérapeutique usuelle est peu efficace. Toujours concernant cette pandémie, ne manquez pas l’article de Marc Petitpierre sur la place de la médecine traditionnelle chinoise et surtout comment traiter le syndrome de fatigue chronique lié au Covid long. Dans les brèves, voyez aussi le cas clinique d’une femme médecin anesthésiste et acupunctrice de 37 ans, travaillant dans une unité de soins intensifs COVID à New York, patiente qui s'est rétablie de la pneumonie COVID dans la semaine sans hospitalisation en appliquant un protocole acupunctural.

Ce numéro est aussi consacré à la gynéco-obstrétrique : évaluation de l'évolution des pratiques professionnelles des sages-femmes, l’hypogalactie en suites de couches, l’engorgement mammaire, l’accouchement sous électroacupuncture, la rétention urinaire du post-partum ; à la neurologie : neuropathie diabétique, paralysie de Bell ; à la médecine physique, antalgique de niveau IV dans l’appareil locomoteur et le rachis ; à la pédiatrie avec les coliques du nourrisson. Ceux qui préférent aborder les traitements selon la différenciation des syndromes (bianzheng), liront avec intérêt les cas cliniques que nous rapporte Robert Hawawini. Certains préféreront l’acupuncture factuelle basée sur les preuves et les pratiques trouveront alors les protocoles utilisés dans la neuropathie périphérique chimio-induite, la prostatite chronique, l’épaule douloureuse par la technique de la puncture du tiaokou (38E), les douleurs du cancer, l’épicondylite. Enfin découvrez aussi les perspectives autres sur la médecine chinoise mais aussi sur l’auriculothérapie. En conclusion, on constate encore une fois le riche éventail de choix thérapeutiques qu’offrent l’acupuncture et ses techniques associées.

  

Jean-Marc Stéphan

 

[1]. Château royal d’Amboise. [Consulté le 04/06/2021]. Diponible à l’URL: https://www.chateau-amboise.com/fr/

[2]. Stéphan JM, Anosmie, à propos d’un cas clinique : intérêt de l’acupuncture et techniques associées. Acupuncture & Moxibustion 2020;(19)1:24-30.

 

 

Couverture 19-2

 

Gorda Gertrudis et syndrome métabolique ?

 

Jouxtant l'entrée de l'église San Domingo sur la place du même nom à Cartagena en Colombie trône la statue de 650 kg, la « Gorda Gertrudis ». Cette imposante femme couchée avec ses formes opulentes fut donnée à la ville par Fernando Botero le 14 avril 2000. Fernando Botero, né le 19 avril 1932 à Medellín, est un aquarelliste et sculpteur colombien réputé pour ses personnages aux formes rondes et voluptueuses, inspirés de l'art précolombien.

L’on peut se demander s’ils ne souffrent pas tous du syndrome métabolique qui désigne la coexistence de plusieurs désordres métaboliques pouvant augmenter considérablement le risque de diabète de type 2, de maladies cardiaques, mais aussi de neuropathies. Le diagnostic est fait lorsque le sujet présente au moins trois des symptômes suivants : hypertension artérielle, glycémie élevée mais sans réel diabète de type 2, surpoids ou embonpoint abdominal, faible taux de HDL cholestérol et taux élevé de triglycérides. L’on lira donc comment l’acupuncture et techniques associées (électroacupuncture et moxibustion) peuvent avoir à la fois un effet immédiat mais aussi prolongé sur le diabète de type 2, mais aussi sur la neuropathie périphérique. L’histoire de l’acupuncture n’est pas absente du sommaire de ce numéro : pas moins de trois articles lui sont consacrés avec la vie de Nguyen Van Nghi, pionnier de la médecine traditionnelle chinoise d’Anita Bui, mais aussi les premières traductions du Huangdi neijing suwen de Valentine Thiebaut ou l’étude de Johan Nguyen sur la taupe de l’industrie du tabac, Petr Skrabanek, figure de proue du mouvement sceptique anglo-saxon qui déploie une critique systématique de l’acupuncture. En cette période de pandémie au SARS-CoV-2, il sera intéressant aussi de connaître l’approche que les Chinois se font des maladies épidémiques selon la médecine chinoise et les Classiques comme le Zhenjiu Dacheng, par Jean-Claude Dubois.

A ne pas manquer également le remarquable essai comparatif randomisé (ECR) en simple aveugle de Coralie Lesport, Laurianne Lopez et coll. qui s’est déroulé dans la maternité du Centre Hospitalier Sud Francilien, à Corbeil- Essonne, en région parisienne, sur une période de six mois. Pour la première fois, un ECR de grande puissance, puisque portant sur 350 patientes, a démontré l’intérêt de la puncture du point sanyinjiao Rt6 sur l’ampliation et les lésions du périnée au cours de l’accouchement.

Vous découvrirez également dans ce numéro de nouvelles rubriques concernant les preuves et les pratiques de l’acupuncture. Olivier Goret et Johan Nguyen suivent pour nous l’actualité de l’acupuncture et font une analyse des publications et commentaires sur des problématiques concernant notre discipline. Comme ils le disent, « il s’agit d’aider le professionnel dans sa pratique, de lui apporter des outils et des méthodes, d’alimenter sa réflexion ». Ils abordent entre autres sujets, le canal carpien et l’intérêt d’ajouter les points 3F (taichong) et 4F (zhongfeng) en controlatéral ; à quel moment effectuer l’acupuncture dans les nausées et vomissements chimio-induits ; le consensus d’experts sur le traitement de la gonarthrose par acupuncture ; ou la différenciation des zheng comme option thérapeutique etc.. En parlant de différenciation des syndromes (bianzheng), Robert Hawawini nous montre d’ailleurs, à partir d’une observation clinique, comment les utiliser dans la myopathie acquise du sujet âgé.

Les brèves nous apportent aussi les résumés des méta-analyses récemment sorties : efficacité dans la constipation fonctionnelle, dans les bouffées de chaleur post-ménopausiques, eczéma atopique, etc. mais assortis des réserves si nécessaire.

 Jean-Marc Stéphan

 

Couverture 19-1

Les couronnes de Ñaupa Mujer et Ñaupa Diablo 

 

 

Le carnaval de la ville d'Oruro est le plus grand événement culturel annuel de Bolivie. Il a été inscrit en 2008 par l'Unesco sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Ancien site de cérémonies précolombien situé à 3700 mètres d’altitude, Oruro fut un important centre minier aux XIXe et XXe siècles. Refondée par les Espagnols en 1606, la ville est restée un site sacré pour les Uru, qui venaient pour la grande fête d’Ito. Cette cérémonie a été transformée en rituel chrétien avec la Diablada, danse traditionnelle des hauts plateaux des Andes, devenue la danse principale du carnaval d’Oruro. La Diablada représente l'affrontement entre les forces infernales et celles des anges, danse créée dans un but d'évangélisation [[1]]. Sur la photo prise au Musée du Quai Branly - Jacques-Chirac à Paris sont présentés à droite le costume de « Ñaupa Diablo », le « vieux diable » et à gauche celui de sa compagne « Ñaupa Mujer ». L'origine de la danse de « la Diablada » remonte au XVIIe siècle quand les mineurs des villes de Potosí et d'Oruro reconnurent la Vierge de la Candelaria (Vierge du Socavón) comme la Mère Protectrice des travailleurs, Sainte Patronne des mineurs. La Diablada fusionne des éléments de la religion catholique et des croyances autochtones au travers d'une danse théâtrale qui met en scène les personnages de Lucifer, « Ñaupa Diablo » et son épouse, escortés d'une légion de démons et de l'Archange Saint-Michel, qui est le chef de la milice des Anges [[2]]. Remarquons ces têtes couronnées qui ne peuvent qu’évoquer en cette période de pandémie Covid-19, la fameuse couronne du SARS-CoV-2 (ici vue d’artiste au microscope électronique), coronavirus (du latin corona et virus, littéralement « virus à couronne »). Son nom provient de l'apparence des images du virion au microscope électronique, caractérisée par une frange de grandes protubérances qui entourent l'enveloppe comme une couronne.

Aurons-nous un moyen de prévention ou thérapeutique comme notre Saint-Michel terrassant le Dragon ? On peut le croire comme vous le verrez dans ce numéro. Ainsi lisez l’article de Claude Fontaine « Maladies fébriles, épidémies et coronavirus » qui propose, en s’appuyant sur les théories du Shanhanlun et autres, de traiter le stade de la récupération de Covid-19 par la pharmacopée chinoise.

D’autres protocoles de pharmacopée concernant les autres stades de la maladie sont disponibles sur le site internet de la revue.

 

Costume d’un ange, des ailes au masque du carnaval d’Oruro (2008).

 

 

SARS-CoV-2 (vue d’artiste au microscope électronique).

Voyez aussi la synthèse « COVID-19 et acupuncture : existe-t-il une nouvelle voie de recherche thérapeutique ? » de Beltrán Carrillo Manrique et Esther Martínez García. Ils proposent d’ailleurs, pour ceux qui sont intéressés, de participer à deux protocoles de recherche cliniques à l’étude dans certains hôpitaux espagnols : ACU-COVID- 19, essai comparatif randomisé sur l’effet de l’acupuncture en traitement adjuvant en phase aigüe, et  AcuPOSTCov, ECR mis en place pour réduire l’apparition des complications pulmonaires.

On sait que l’anosmie ou l’agueusie apparaissent au stade précoce du Covid-19. La récupération se fait au bout de quelques semaines, mais parfois de manière partielle. L’article « Anosmie, à propos d’un cas clinique : intérêt de l’acupuncture et techniques associées » peut vous aider à accélérer la guérison.  Et puis, pour travailler dans de bonnes conditions en cette période de pandémie, le « Guide de préconisations de sécurité sanitaire pour la continuité des soins par acupuncture en période d’épidémie de coronavirus COVID-19 » rédigé par le Collège Français d’Acupuncture et de MTC (société savante d’acupuncture) vous assurera d’être plus serein dans votre travail.

La neurologie est aussi un sujet important traité dans ce numéro. Olivier Cuignet vous présente son travail « Efficacité de l’électroacupuncture pour soulager les phénomènes de spasticité  après des lésions de la moelle épinière : à propos d’un cas » et Patrick Sautreuil, Tuy Nga Brignol et col. nous exposent cinq cas cliniques dans « Acupuncture dans les douleurs myofasciales des neurodystrophies musculaires : quels effets ? ».

On lira aussi avec grand intérêt l’article d’obstétrique de Florence Phan-Choffrut, Winder Wen-Te Chang « Engorgement mammaire et soins du post-partum : intérêt de la MTC », article qui fait suite à un stage à Taiwan organisé par l’Association Scientifique des Médecins Acupuncteurs de France (ASMAF-EFA).

Pour terminer, Robert Hawawini nous offre plusieurs articles « À propos d’une observation de maladie de Dupuytren », « À propos d’une observation complexe d’un état de stress » et « 31 exemples de puncture unique en acupuncture ». On n’oubliera pas l’essai sur le Palais impérial que nous explique Henning Strøm en référence au Daodejing. Et bien sûr, ne ratez pas non plus les « Brèves d’acupuncture », mettant en exergue les derniers travaux scientifiques (méta-analyses, ECR, acupuncture expérimentale) sur l’acupuncture et techniques associées.

 Jean-Marc Stéphan

 [1]. Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Le carnaval d’Oruro. [Consulté le 28/05/2020]. Disponible à l’URL : https://ich.unesco.org/fr/RL/le-carnaval-doruro-00003.

[2]. Musée du Quai Branly Jacque Chirac. Costume de Ñaupa Diablo : masque-heaume. [Consulté le 28/05/2020]. Disponible à l’URL : http://www.quaibranly.fr/fr/explorer-les-collections/base/Work/action/show/notice/431096-costume-de-naupa-diablo-masque-heaume/page/3/