Y-a-t-il des effets secondaires à l’acupuncture ? - Effets indésirables publiés

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L’acupuncture est de plus en plus pratiquée dans les pays développés en soins de santé. Au Royaume-Uni, 2,5 à 10% de la population sont utilisateurs de traitements non conventionnels («thérapie alternative»). L'acupuncture est la discipline la plus couramment utilisée parmi les traitements non conventionnels. Mais parmi cette population, seulement 10% d'entre eux passent par les référents de l’organisme NHS [1]. Dans cette étude NHS, la majorité des incidents (95%) a été classée comme incidents de gravité nulle ou mineure.

Cependant, l’acupuncture peut être associée à des effets indésirables graves tels que des saignements et hématomes sous-cutanés 6,1% [2] plus particulièrement  chez les patients sous anticoagulants [3]. Récemment, des auteurs polonais ont rapporté un cas de migration d’aiguille dans le poumon gauche après qu’elle soit restée en place pendant 17 ans suite à un traitement par acupuncture d’une douleur ostéo-arthritique dorsale [4]. Une recherche bibliographique dans PubMed réalisée par ces auteurs a permis d’identifier vingt-cinq publications sur la migration d’un  fragment d’aiguille [4] vers divers endroits tels que la vessie, la moelle épinière, le ventricule droit, la racine L5,  le foie, le pancréas, l’estomac, le colon, les reins. Dans les cas où une chirurgie a été réalisée, les aiguilles ont pu être enlevées sans aucune complication secondaire pour les patients.

 

Qu’en est-il des résultats publiés par d’autres grandes séries d’études ?

 

Une étude prospective nationale a été réalisée en 2004 par la British Council Acupuncture (BCA) pour évaluer le type et la fréquence des événements indésirables (EI) liés à l’acupuncture sous forme d’enquête postale [5]. Une personne sur trois parmi les membres du BCA (n = 638) a invité les patients à participer à l'enquête. Un questionnaire structuré a été utilisé pour recueillir des données sur les EI sur une durée de 3 mois. Sur les 9 408 patients qui ont fourni des informations de base et de consentement, 6 348 (67%) ont complété les trois questionnaires. Au moins un EI sur les trois mois a été rapporté par 682 patients, avec un taux de 107 pour 1 000 patients (95%, IC : 100 à 115). Les événements les plus fréquemment rapportés étaient la fatigue et un grand épuisement, la douleur au site d'insertion de l’aiguille et des maux de tête. Les patients ayant reçu un traitement d'acupuncture non financé par le NHS ainsi que ceux n’ayant pas été soignés par un spécialiste ou un généraliste en milieu hospitalier étaient moins susceptibles de signaler des EI (odds ratio 0,59 et 0,66, respectivement). D’après cette enquête, les patients ont rapporté une large gamme d'EI sans qu’ils soient démotivés pour poursuivre le traitement par acupuncture. Cette enquête à grande échelle a apporté la preuve que l'acupuncture est une intervention relativement sûre lorsqu'elle est pratiquée par des praticiens réglementés.

Une revue systématique de la littérature (Medline et PubMed) sur les lésions vasculaires causées par l'acupuncture a été réalisée par une équipe suédoise [6]. Vingt-et-un cas ont été identifiés et la plupart des symptômes ont une relation directe avec le traitement par acupuncture. Trois patients sont décédés, deux de tamponnade péricardique et un de fistule aorto-duodénale. En dehors de ces deux cas mortels de tamponnade, il y avait cinq autres tamponnades (dont deux ischémiques avec séquelles ultérieures), sept pseudo-anévrismes et un syndrome d’hémorragie. Les informations sur les suites n'étaient pas toujours optimales. Il n’y avait aucune donnée pour neuf patients. D’après cette étude, les lésions vasculaires sont rares, avec prédominance d’hémorragies et de pseudo-anévrismes. L’utilisation d’aiguilles trop longues en sont souvent la cause [22].

Une autre revue systématique a eu pour objectif de recenser tous les cas de tamponnade cardiaque après traitement par acupuncture, sans aucune restriction dans le temps ou de langue [7]. Les données ont été extraites par deux personnes indépendantes selon des critères prédéfinis. Vingt-six cas ont été trouvés. Chez quatorze patients, les complications ont été mortelles. Dans la majorité des cas, il y avait peu de doute sur la causalité. Les auteurs ont conclu que la tamponnade cardiaque peut être une complication grave en rapport avec l'acupuncture. Elle est souvent mortelle. Les praticiens en acupuncture doivent être formés afin de minimiser ce risque théoriquement évitable.

Bien que rare, le pneumothorax est un EI potentiellement grave en acupuncture. Une publication portugaise [8] a rapporté une analyse rétrospective de patients traités entre 2001 et 2006 dans un hôpital de soins tertiaires, souffrant de pneumothorax après traitement par acupuncture. Cinq patients (trois hommes et deux femmes), âgés en moyenne de 46 ans (30-73 ans) ont été identifiés. La douleur thoracique était le premier symptôme chez tous ces patients. La thérapie de drainage pleural était la plus fréquemment utilisée et dans tous les cas, l’évolution était favorable sans complications. Tous les patients ont eu une résolution clinique satisfaisante après le pneumothorax, et à l’examen de surveillance 6 mois après l'événement, ils étaient asymptomatiques et sans changement significatif sur la radiographie du thorax.

Une étude prospective allemande [9] a rapporté les EI observés dans la pratique de 9429 praticiens allemands ayant reçu au moins 140h de formation en acupuncture (19% avaient bénéficié de plus de 350 heures de formation). Parmi eux, 53% étaient des médecins généralistes, 20% de chirurgiens orthopédistes, 9% en médecine interne et 18% d’autres spécialités. A la date du 15 avril 2002, les données concernant les 97733 patients (moyenne d’âge 55,0 +/- 15,5 ans ; 80,5% de femmes) ont été rapportées par 7050 praticiens. Le nombre moyen de sessions/patients était de 7,8 +/- 2,4. Le nombre total de sessions dépassait 760000. Le nombre moyen d’aiguilles par session et par patient était de 12,6. Des EI bénins ont été rapportés chez 6936 patients (7,10% ; IC : 99%). Les événements les plus fréquemment rapportés ont été la douleur liée à l’aiguille et les hématomes. Une grande variabilité parmi les praticiens a été observée : 58,4% de praticiens n’avaient rapporté aucun cas d’EI ; 22,7% avaient rapporté des EI chez 10% de leurs patients, 15% de praticiens avaient rapporté des EI chez 10 à 50% de leurs patients, et 3,9% avaient rapporté plus de 50% d’EI. Les EI potentiellement graves et prouvés sont le pneumothorax. D’autres EI pouvant être en rapport avec la séance d’acupuncture  sont : exacerbation d’une dépression préexistante ; crise hypertensive aigüe chez un homme de 66 ans avec des antécédents d’accident vasculaire cérébral ; une réaction vagale survenue 10mn après l’insertion des aiguilles ; crise aigue d’asthme avec possible angine et crise hypertensive. Ces résultats confirment que l’acupuncture est sans danger quand elle est pratiquée par des praticiens bien formés. La fréquence effective des EI mineurs est difficilement évaluable suite aux difficultés d’en établir une définition simple pour les identifier.   

Une étude prospective par audit postal [10] a été réalisée sur une période de quatre semaines en 2000, par invitation de 1848 praticiens en acupuncture au Royaume-Uni et membres de la British Acupuncture Council. Un formulaire d’auto-déclaration a été utilisé. Un total de 574 praticiens (31% du total) avait participé à l’étude, avec comme âge moyen de 44,8 ans (23-79 ans), 65% étant des femmes et 62% avaient plus de 5 ans de pratique. Sur les 34407 traitements réalisés, aucun EI grave n’a été rapporté. Selon ces auteurs, est considéré comme effet indésirable grave, tout événement nécessitant une hospitalisation entraînant une incapacité permanente ou ayant occasionné la mort. Les effets indésirables étaient rapportés avec un taux allant de 0 à 1,1 pour 10000 traitements, ce qui est négligeable si on compare ce taux d’EI grave lié à l’acupuncture à celui lié aux médicaments prescrits en routine dans les soins primaires. Et on peut donc ainsi dire que l’acupuncture est une forme de traitement relativement dépourvue de danger.

Une étude en langue chinoise [11] a évalué de façon systématique les EI liés à l’acupuncture, utilisant trois bases de données chinoises différentes (base de données sur la documentation biomédicale chinoise de 1980 à 2009, base de données en texte intégral du Journal chinois de 1980 à 2009, et base de données de la revue Weipu, de 1989 à 2009) afin d’identifier les articles en langue chinoise qui abordent le thème de la sécurité de l’acupuncture traditionnelle pratiquée avec des aiguilles. Les observations, les séries de cas, les enquêtes et autres études d’observation ont été prises en compte lorsqu’elles rapportaient des données factuelles, mais les traductions d’articles et les essais cliniques ont été exclus. Un total de 115 articles (98 observations et 17 séries de cas) qui signalaient 479 cas d’EI après acupuncture a été retenu pour l’analyse. Quatorze patients étaient décédés. Les EI liés à l’acupuncture étaient classés en trois catégories : traumatiques, infectieux et «autres». Les EI les plus fréquents étaient le pneumothorax, l’évanouissement, l’hémorragie méningée et l’infection. Les EI les plus graves étaient les lésions cardiovasculaires, l’hémorragie méningée, le pneumothorax et l’hémorragie cérébrale récurrente. Les auteurs ont conclu que la majorité des EI liés à l’acupuncture était due à une technique incorrecte. 

Une étude japonaise [12] a rapporté un nouveau cas ajouté à vingt-cinq cas précédemment rapportés de lésions cervicales ou cérébrales dues à des aiguilles d'acupuncture, dans un contexte assez particulier propre au Japon. Certains acupuncteurs incorporent en profondeur de façon intentionnelle des aiguilles dans les tissus, tandis que certains patients insèrent eux-mêmes des aiguilles dans leurs propres corps. Les auteurs ont rapporté l’ablation chirurgicale d’un bris accidentel de l’aiguille d’acupuncture mise en place dans un contexte d’auto-puncture et qui a été incorporée dans le bulbe rachidien et le cervelet. L'aiguille brisée a migré plus loin dans le cerveau quelques jours après. Contrairement aux attentes, il était extrêmement laborieux de trouver l’aiguille, heureusement sans aucune complication post-opératoire.

Vingt-cinq autres patients ont été étudiés rétrospectivement : la cause la plus fréquente était due à l’insertion de l’aiguille (15 patients soit 57,7%). Les aiguilles brisées accidentellement concernaient 11 patients (42,3%). Cinq cas (19,2%) ont été attribués à l’auto-acupuncture. Seize (61,5%) patients ont développé des symptômes de plus de 30 jours après l'accident. Vingt-trois (88,5%) patients se plaignaient de déficits sensoriels, tandis que 11 (42,3%) présentaient une faiblesse motrice. L’ablation chirurgicale de l’aiguille a été réalisée chez 21 patients (80,8%). La technique d’insertion en profondeur et l’auto-acupuncture sont extrêmement dangereuses pour la santé des patients.