Acupuncture dans la fatigue liée au cancer - Prise en charge par acupuncture

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Prise en charge de la fatigue par acupuncture

 En effet, bien qu’une métaanalyse de la collaboration Cochrane réalisée à partir de cinq études (n=205) montre que le méthylphénidate puisse être efficace dans la fatigue, il a été conseillé de réaliser de plus grands essais ([15]). De la même manière, même si quatre essais d’acupuncture (Figure 1) portant sur une population globale de 127 patients objectivent un certain bénéfice, il n’en demeure pas moins que la réalisation d’ECR de plus grande puissance est nécessaire.

 

Figure 1. Aiguille d’acupuncture implantée sur le point hegu (GI4).

 

Fatigue liée à la radiothérapie

Une étude préliminaire a objectivé que douze séances d’acupuncture réalisées chez des patients (n=16) durant tout leur protocole de radiothérapie ont le potentiel de prévenir la fatigue liée à ce traitement ([16]).

Mieux, car dans cette étude toujours préliminaire mais en double aveugle et portant sur vingt-sept patients randomisés, il apparait que le groupe de sujets recevant l’acupuncture ont une meilleure amélioration de la fatigue que dans celui du groupe acupuncture factice ([17]). Il s’agit d’une étude pilote de bonne qualité méthodologique avec un score de Jadad à 5 (Tableau 2) ([18]). Les patientes sont traitées deux fois par semaine durant les six semaines de radiothérapie. Le recueil des mesures se fait selon l’échelle FACIT-F à trois et six semaines durant le traitement et quatre semaines après la fin. On observe que l’acupuncture est plus efficace sur la fatigue que l’acupuncture factice, même si la différence entre les deux n’est pas significative (p=0,37). En fait, les auteurs ont calculé que pour montrer une différence significative entre les deux groupes et objectiver un effet spécifique, il était nécessaire d’augmenter la puissance d’une étude future et d’inclure soixante-quinze patients par groupe. Quoi qu’il en soit les auteurs observaient que l’acupuncture véritable était plus bénéfique pour les patients que l’acupuncture factice.

 Tableau 2. Evaluation d’une qualité méthodologique de l’essai contrôlé randomisé de Balk.

Grille de Jadad :

1.       randomisation citée, décrite et appropriée : 2 points

2.       insu-patient prouvé par un questionnaire demandant à la 3ème et 10ème semaine de suivi dans quel groupe d'acupuncture le patient se situe : 1 point

3.       insu-évaluateur. L'évaluateur est une infirmière, donc différente du thérapeute, et ignore à quel groupe appartient la patiente dont elle recueille les informations : 1 point

4.       sorties d'essai : analyse en intention de traiter, car 27 patientes en début de traitement et 4 sorties d’essai décrits et incluses dans les calculs statistiques en fin d'essai : 1 point

Score : 5/5, c'est à dire étude de haute qualité.

 

Fatigue en post-chimiothérapie

L’étude ouverte de Vickers et al. ([19]) a été conduite chez trente-sept sujets, dont trente et un ont bénéficié de l’évaluation complète (six perdus de vue). Il s’agissait de patients ayant eu pour la plupart un cancer du sein (32%), mais aussi un cancer gynécologique (16%), poumon (23%), hématologique (16%) etc.

Ces malades avaient fini leur cure de chimiothérapie depuis plus de deux ans et avait une fatigue persistante évaluée au départ à 6,47 sur l’échelle BFI. Une première cohorte (n=25) avait bénéficié du traitement acupunctural deux fois par semaine pendant quatre semaines et la seconde (n=12), une fois par semaine pendant six semaines. La moyenne d’amélioration du niveau de fatigue a été de 31,1% (IC 95%, 20,6% à 41,5%) et aucune différence entre les deux cohortes. Par contre, la réponse était moins bonne à partir de 65 ans. Cette étude de basse qualité méthodologique (Jadad=1) non contrôlée a le mérite de montrer que l’acupuncture peut entraîner une bonne amélioration de la fatigue, et, selon les auteurs a le mérite d’attirer l’attention sur le fait que des ECR sont nécessaires pour le confirmer.

De ce fait, encouragés par ces résultats, Molassiotis et al. ([20]) ont réalisé un essai contrôlé randomisé contre placebo de haute qualité méthodologique (Jadad=5) à trois bras : un bras acupuncture (n=15), un autre acupression (n=16) et enfin un bras acupression factice « sham » (n=16) chez des patients cancéreux (lymphomes, cancers mammaires, cancer poumon, gastro-intestinaux etc.) souffrant de fatigue après avoir achevé un mois auparavant leur cycle de chimiothérapie (CHOP, anthracycline, cisplatine etc.). Par l’évaluation de la fatigue selon l’échelle MFI 20, ils confirment les résultats précédents en trouvant une moyenne d’amélioration à la fin du traitement de 36% des niveaux de fatigue dans le groupe acupuncture, 19% dans le groupe acupression et 0,6% dans le groupe placebo, le tout maintenu pendant deux semaines. L’acupuncture est plus efficace de manière statistiquement significative (p=0,01) que l’acupression ou l’acupression factice.

Deux semaines après la fin du traitement acupunctural, une seconde évaluation par MFI 20 a permis de constater que l’amélioration de la fatigue était moins forte qu’à la première évaluation (22% dans le groupe acupuncture, 15% dans le groupe acupression et 7% pour le groupe acupression placebo) et imposait donc la nécessité de prolonger le traitement pour maintenir l’effet antifatigue de l’acupuncture. Malgré l’efficacité nette de l’acupuncture et dans une moindre mesure celle de l’acupression qui pourra être utilisée chez les personnes pusillanimes, cette étude préliminaire objective la nécessité d’un ECR de grande puissance.

Johnston et al. ([21]) ont étudié l’utilisation de l’acupuncture dans le cadre de la médecine intégrative, c’est à dire intégration de l’acupuncture à un programme de prise en charge à la fois physique, psychologique et diététique chez des patientes ayant bénéficié d’une chimiothérapie pour cancer du sein. Elles souffraient d’une fatigue évaluée à une moyenne de 6,33 selon l’échelle d’évaluation BFI. Les auteurs les ont randomisées en deux groupes : un groupe acupuncture intégré à la prise en charge habituelle (n=7) et un groupe uniquement de prise en charge habituelle (n=6). L’étude contrôlée randomisée préliminaire, de bonne tenue méthodologique (Jadad=3, car n’étant pas en insu) suit les recommandations CONSORT ([22]) et STRICTA ([23]). On observe que l’intervention acupuncturale est associée à une baisse de 2,38 points (p=0,08)  mesurée sur l’échelle BFI par rapport au groupe témoin. Ainsi du fait de la faible puissance de l’étude, les auteurs proposent de réaliser un ECR de plus grande taille pour confirmer l’efficacité de l’acupuncture.

Le tableau 3 récapitule les caractéristiques de ces études cliniques.

 Tableau 3. Caractéristiques des principales études cliniques d’acupuncture utilisée en cas de fatigue. 

Auteurs

type d'étude et nombre de patients

Jadad

Protocole

Résultats

Balk

(2009)

ECR en double aveugle préliminaire contre placebo à deux bras (n=27)

 

5

- durant période des six semaines de traitement de radiothérapie

- séances de 30mn

2 fois par semaine 

-recherche du deqi.

- évaluation : FACIT-F

Bras acupuncture : avec électroacupuncture (EA)

Bras acupuncture factice avecaiguilles placebo de type Park  +simulation d’ électrodes non reliées

acupuncture plus efficace sur la fatigue que l’acupuncture factice mais non significatif (p=0,37)

Vickers (2004)

Etude ouverte (n=37)

1

- 2 ans après fin de la cure de chimiothérapie

premier groupe : 2 fois par semaine (20 mn)

- protocole modifié dans le deuxième groupe : puncture 1 fois par semaine

- recherche du deqi

- évaluation : BFI

 

- amélioration du niveau de fatigue : 31,1% (IC 95%, 20,6% à 41,5%)

- pas de différence significative entre les deux cohortes

Molassiotis (2007)

ECR en double aveugle préliminaire contre placebo à trois bras (n=47)

5

- 1 mois après fin de la cure de chimiothérapie - 6 sessions de 20 mn pendant quinze jours (3 fois par semaine)

-recherche du deqi

- évaluation : MFI 20

groupe acupuncture

groupe acupression groupe placebo :utilisation de pression sur des points inactifs dans la fatigue

 

 

 

-amélioration du niveau de fatigue de 36% par acupuncture, 19% par acupression et 0,6% dans le groupe placebo

-maintien pendant 2 semaines.

-acupuncture  plus efficace (p=0,01) que l’acupression ou l’acupression factice.

 

Johnston

(2011)

ECR sans placebo à 2 bras (n=13)

3

- après fin de la cure de chimiothérapie

 - 8 sessions de 50 mn (1 fois par semaine)

-recherche du deqi

- évaluation : BFI

- groupe acupuncture et prise en charge habituelle

- groupe témoin (prise en charge habituelle seule)

-acupuncture diminue la fatigue de 2,38 versus groupe témoin (p=0,08)