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L’auriculothérapie et l’Organisation Mondiale de la Santé

mardi 31 juillet 2018, par Raphaël Nogier


Si l’acupuncture remonte à la nuit des temps, il n’en est pas de même pour l’auriculothérapie dont la découverte est très récente, même si l’on trouve ici ou là dans des civilisations antiques des exemples de stimulations très limitées du pavillon auriculaire à des fins thérapeutiques [3]. C’est en 1951 que Paul Nogier, médecin lyonnais (1908-1996), commence ses travaux sur les propriétés réflexes du pavillon auriculaire et découvre l’existence d’une somatotopie sur l’oreille externe. Sa première publication concernant l’auriculothérapie remonte en février 1956 sur le Bulletin de la Société d’Acupuncture [2]. Traduite en allemand puis en chinois, elle sera à la base des recherches chinoises sur l’oreille et permettra le développement en Chine de l’acupuncture auriculaire. Paul Nogier travaillera sur le pavillon auriculaire jusqu’en 1996. L’engouement pour l’auriculothérapie en Europe et en Chine suscita l’intérêt des autorités médicales et notamment l’OMS qui commença l’étude de l’évaluation de l’auriculothérapie en 1987.



Voir en ligne : Nogier R. L’auriculothérapie et l’Organisation Mondiale de la Santé. Acupuncture & Moxibustion. 2016 ;15(1)

Historique

1987. Séoul. Groupe de travail sur l’auriculothérapie

En juin 1987, le docteur Nakajima, alors directeur de la région du Pacifique-Ouest de l’OMS organise à Séoul une réunion destinée à faciliter le dialogue entre les acupuncteurs asiatiques et les médecins acupuncteurs français [6]. Le thème : la standardisation de la nomenclature de l’acupuncture auriculaire. C’est la première fois qu’une telle réunion est organisée. La réunion sise au dernier étage du célèbre Hôtel Lotte, en pleine période d’insurrection étudiante, réunit des experts du Japon, Chine, Hong-Kong, Malaisie, Corée du Sud, Vietnam, Australie, Nouvelle-Zélande et France dont le seul représentant est Raphaël Nogier. L’idée de Nakajima est de standardiser la nomenclature des points d’acupuncture et des points d’oreille. Cette réunion fait suite à plusieurs autres où les experts ont travaillé sur les points d’acupuncture uniquement [4,5]. D’où la nécessité de cette réunion à Séoul. Durant deux jours, les échanges portent sur les similitudes et les différences des cartographies auriculaires chinoises et françaises. Lors de cette réunion qui ne fut qu’une prise de contact, aucune proposition n’est avancée pour standardiser la nomenclature des points auriculaires.

1989 : Genève. Groupe scientifique sur la nomenclature des points d’acupuncture

En 1989, le docteur Nakajima a été nommé depuis peu Directeur Général de l’OMS à Genève [8-10]. C’est un homme persuadé de l’intérêt thérapeutique de l’acupuncture. Il est aussi un ardent défenseur de l’auriculothérapie. En 1989, il organise à Genève un groupe scientifique chargé de standardiser définitivement la nomenclature des points d’acupuncture. Douze experts et quarante observateurs sont réunis à Genève au siège de l’OMS. Parmi les douze experts, deux de chacune des six régions de l’OMS : Afrique, Amériques, Asie du Sud-Est, Europe, Méditerranée orientale, Pacifique occidental,. L’Europe est représentée par le professeur Johannes Bischko d’Autriche et le docteur Raphaël Nogier de France, lui-même nommé Rapporteur du groupe. Le Président, le docteur Tom Tsiang d’Australie connait très bien le chinois, l’acupuncture chinoise et l’auriculothérapie française puisqu’il a suivi les cours de Paul Nogier. Après trois jours de travail, la nomenclature des 361 points de l’acupuncture traditionnelle chinoise fait l’objet d’un consensus. Reste en suspens la question de la nomenclature des points d’oreille. Là, s’engage un âpre débat. La délégation chinoise refuse de mettre dans la même nomenclature les points chinois classiques et les points d’oreille avançant l’argument que l’auriculothérapie n’est pas d’origine chinoise et n’appartient pas à l’acupuncture traditionnelle. Il fut donc suggérer d’organiser un autre meeting pour standardiser la nomenclature des points d’oreille à part.

1990 : Lyon. Groupe de travail sur la nomenclature des points d’oreille

Une année après la standardisation de la nomenclature des points d’acupuncture, l’OMS réunissait donc à Lyon, à l’Hôtel de Ville, un groupe de travail sur la standardisation de la nomenclature des points d’auriculothérapie [7]. Parmi les experts français le professeur Jean Bossy, les docteurs Chantal Vulliez, Raphaël Nogier (président du groupe). Parmi les Européens, le professeur Johannes Bischko, le docteur Anthony de Sousa de Suisse. Ce groupe travailla durant trois jours et standardisa la nomenclature de quarante-trois points d’oreille. Le deuxième jour, le docteur Nakajima vint spécialement de Genève pour assister aux débats et souligna dans son allocution « la dette d’honneur que la médecine moderne doit au docteur Paul Nogier, fils distingué de Lyon. » Ce groupe de travail permit une avancée considérable dans la reconnaissance de l’auriculothérapie. Parmi les recommandations de ce groupe, est notée la nécessité de compléter la standardisation de la nomenclature de l’acupuncture auriculaire. Chose qui n’a pas été faite jusqu’à aujourd’hui.

Aujourd’hui qu’en est-il des rapports entre l’auriculothérapie et l’OMS

Dans un article diffusé sur Internet en octobre 2011 par le docteur Michela Lambrexhe, on peut lire ce qui suit : « Le 3 septembre 2011, la nouvelle « Nomenclature Internationale de Cartographie auriculaire » © David Alimi, soumise à l’O.M.S. et acceptée via la W.F.C.M.S. (World Federation of Chinese Medicine Societies), a été présentée à Londres au Congrès Mondial de la W.F.C.M.S. Elle sera désormais la Référence Internationale pour tous les actes relatifs à l’Auriculothérapie (Enseignement, Recherche, Publication) [1]. Cette information est reprise en Italie sur le site de l’A.I.N.A (Associazione Italiana Neuro Auriculoterapia) association dans laquelle le docteur David Alimi enseigne. Dans ce site régulièrement et très récemment mis à jour, on peut lire : « L’Organisation Mondiale de la Santé, dans l’année courante 2011, a choisi la cartographie auriculaire présentée par le Dr D. Alimi comme cartographie universelle à laquelle tout le monde doit se référer. » [11]. Cette même information avait été communiquée en juin 2012, au VIIe Symposium International d’Auriculothérapie à Lyon, par le docteur David Alimi, lui-même qui affirmait à plusieurs reprises publiquement en conférence plénière que sa cartographie avait été acceptée par l’OMS. Qu’en est-il réellement ? Contrairement à ce qui est dit, la planche d’auriculothérapie du Dr David Alimi n’a jamais été soumise à l’OMS, n’a par conséquent jamais été acceptée par elle et n’est donc pas une référence internationale. L’information donnée par le docteur Alimi est donc totalement fausse et je m’étonne que notre confrère la laisse encore circuler là où il enseigne. La W.F.C.M.S citée par le docteur David Alimi dans son article est une organisation chinoise, regroupant différentes sociétés privées spécialisées en médecine chinoise, sans lien direct avec l’OMS. J’ai alerté personnellement à plusieurs reprises le Docteur Alimi, il y a trois ans, pour qu’il puisse rectifier les articles diffusés à ce sujet. Malgré cela, je m’aperçois aujourd’hui que cette fausse information sur une prétendue cartographie universelle n’a non seulement pas été démentie mais continue d’être utilisée et diffusée. Il semble donc important de le signaler. Il faut savoir que l’OMS, si elle continue aujourd’hui son remarquable travail pour la diffusion et la réglementation de la pratique de l’acupuncture, n’a jamais publié de documents sur la pratique de l’auriculothérapie. Le document le plus récent sur l’auriculothérapie date de 1990 et décrit anatomiquement quarante-trois points d’oreille sans préciser leur correspondance et leur action.

Conclusion

L’OMS considère l’auriculothérapie (appelée aussi acupuncture auriculaire) comme un microsystème apparenté mais différent de l’acupuncture traditionnelle chinoise. Elle a proposé en 1990 une standardisation de la nomenclature de 43 points d’oreille sans jamais recommander une cartographie standard. Depuis 1990 l’OMS n’a jamais publié un document recommandant une planche spécifique d’auriculothérapie. Il n’existe donc pas de cartographie auriculaire universelle.

Références

1. Lambrexhe M. Auriculothérapie Scientifique Technique thérapeutique de réflexologie. [cité le 18 janvier 2016]. Available from : URL : http://www.auriculotherapie.lu/auriculotherapie.php.

2. Nogier P.F.M : Le pavillon de l’oreille et points réflexogènes. Rapport des Journées d’Acupuncture. Marseille. février 1956. Bulletin de la Société d’Acupuncture. n° 20. 1956

3. Nogier P.F.M : Traité d’auriculothérapie. Maisonneuve Edit. Ste Ruffine, mai 1969

4. WHO. Regional working group on the standardisation of acupuncture nomenclature. Manila 1984

5. WHO. Standard Acupuncture Nomenclature. Manila 1988

6. WHO. Report on 3rd WHO regional working group on the standardisation of auricular acupuncture nomenclature. World Health Organisation. (1987) Seoul, Korea : WHO.

7. WHO : Report of the working group on auricular acupuncture nomenclature. Lyon, France, 28-30 November 1990

8. WHO : A proposed standard international acupuncture nomenclature. Report of a WHO scientific group.

9. WHO. 1991. ISBN 92 4 154417 1

10. WHO. [cité le 18 janvier 2016]. Available from : URL : http://www.who.int/fr/.

11. AINA. Associazione Italiana Neuro Auricoloterapia. [cité le 18 janvier 2016]. Available from : URL : http://www.agopunturaauricolare.it/index.php ?option=com_content&view=article&id=9&Itemid=108.


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