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La moxibustion induit la libération de particules fines PM10 et PM2,5

mercredi 11 novembre 2015, par Dr Jean-Marc Stéphan


Les particules en suspension (« PM » en anglais pour « Particulate matter ») sont en règle générale de fines particules solides portées par l’air. Les PM10 ont un diamètre aérodynamique inférieur à 10 micromètres, voire plus fin encore avec les PM2,5 (diamètre inférieur à 2,5μm) et peuvent être inhalées profondément dans le système respiratoire et de ce fait, sont la plus petite fraction solide capable d’atteindre le circulation sanguine. Des effets nocifs sur la santé ont été rapportés dans les études à court terme qui objectivent les variations de PM2,5 ou de PM10 au jour le jour dans la pollution de l’air, ainsi qu’à long terme dans des études de cohortes d’individus exposés au fil du temps. Ainsi, elles peuvent être à l’origine de réactions inflammatoires qui aggravent l’état de santé des personnes atteintes de maladies cardiaques et pulmonaires. Transportant des composés absorbés sur leur surface, elles sont dans leur ensemble désormais classées cancérogènes pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS.

Concernant la moxibustion de l’armoise, des études récentes ont indiqué que cela contribue à la pollution de l’air ambiant intérieur alors que d’autres études ont suggéré que la fumée du moxa est bénéfique pour la santé, du fait de son action antibactérienne, anti-inflammatoire et aurait même des effets anti-vieillissements. Notons que ce sont surtout les praticiens les plus enclins à l’exposition cumulée des fumées de moxa.

Depuis janvier 2005, deux valeurs-limites sont applicables en Europe pour les PM10 : une norme de 50 microgrammes par mètre cube (μg/m3) à ne pas dépasser sur vingt-quatre heures, et ne devant pas être dépassée plus de 35 jours par an ; une concentration moyenne annuelle de 40 μg/m3 qu’on ne doit également en aucun cas dépasser. Les échéances de la directive européenne s’étalent de 2014 à 2020. Pour les PM2,5, il n’existe pas de réglementation sur les valeurs limites pour la protection de la santé humaine. Néanmoins, l’Union européenne a fixé son objectif de qualité à 20μg/m3 en moyenne annuelle. L’agence de protection environnementale américaine (US-EPA) l’a fixé à 35μg/m3 alors que l’Organisation Mondiale de la Santé recommande, elle, une valeur de 10 μg/m3.



Voir en ligne : Huang J, Lim MY, Zhao B, Shao L, Lao L. PM2.5 and ash residue from combustion of moxa floss. Acupunct Med. 2015 Oct 29. pii : acupmed-2015-010914. doi:10.1136/acupmed-2015-010914.

La concentration moyenne des fines particules PM10 exède les valeurs limites sur toute l'Europe le 14 mars 2014


Les auteurs de ces deux études ont mesuré les concentrations et la capacité oxydative sur l’ADN des PM10 et PM2,5 contenus dans les sous-produits de moxibustion produits à partir de la combustion de bâtons d’armoise dans trois cliniques de moxibustion à Beijing durant l’hiver 2012 et l’automne 2014. Pour les PM2.5, trois types de moxas ont été étudiés selon la durée de stockage (3 ou 10 ans) des feuilles d’armoise et leur transformation en poudre en fonction du ratio 3:1 et 15:1. Ce ratio se réfère au poids des feuilles d’armoise et au produit final en poudre (exemple le ration 3:1 correspond à 3kg de feuilles sèches transformés en 1kg de poudre d’armoise). Les résultats objectivent que la concentration de PM2,5 était de 224,28 ; 226,39 et 210,56 ng/m3 pour les échantillons A (3 ans et 3:1), B (3 ans et 15:1), et C (10 ans et ratio 3:1) respectivement. Ce qui est largement au dessus du seuil critique préconisé par toutes les normes environnementales. Une étude similaire sur les PM10 objectivait également une concentration excessive par rapport aux normes internationales.

La moyenne des dommages oxydatifs des PM2,5 était 29,42%, 29,16% et 27,01% alors que celui de la poussière de moxa était 22,78%, 20,60% et 21,42% pour les échantillons A, B et C respectivement. Il existe donc des preuves statistiquement significatives (p<0,05) d’une capacité d’oxydation nettement supérieure des PM2,5 versus la fumée de moxibustion à l’armoise. Résultats similaires pour les PM10. En conclusion, les dommages oxydatifs des PM2,5 ou PM10 sur l’ADN induits chez des patients par la moxibustion ont été inférieurs à ceux rapportés dans d’autres environnements. Cependant, la concentration des PM2,5 et PM10 après la moxibustion est encore relativement élevée. Les auteurs recommandent donc d’assurer une ventilation adéquate pendant la moxibustion de façon à réduire les risques éventuels. D’autres études sont nécessaires pour mieux définir l’impact potentiel sur la santé humaine de particules de moxibustion.



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