Georges Willem, Jo pour nous, est parti ce 17 avril 2015 à Seclin, comme il avait vécu, sans déranger qui que ce soit. A la question, « Tu veux quʼon tʼaide ? », «  non, non, ça ira ! » répondait-il toujours. Affligé par sa myopathie, il ne se plaignait jamais, mais au contraire continuait à donner pour ses patients et à transmettre sa connaissance.

Mais la vie commençait à être pesante pour lui. Lʼesprit était toujours vif, mais le corps suivait difficilement…

Cʼest un “Grand” qui vient de nous quitter, et il restera une référence pour tous ceux qui l'ont côtoyé.

Il était grand par le savoir immense quʼil avait. Sans cesse il revoyait lʼacupuncture, lʼanatomie, la séméiologie. “ Il faut être le meilleur possible… Revoyez un point par jour, vous devez savoir visualiser parfaitement un méridien, une structure anatomique,.. par lʼinterrogatoire bien mené, vous devez déjà avoir une vision énergétique globale de lʼindividu, tant du point de vue physiologique que physiopathologique …”.

Il se tenait au courant des évolutions techniques médicales; ainsi il aurait aimé avoir accès à une IRM fonctionnelle pour voir lʼimpact de la stimulation dʼun point au niveau cérébral !

Il était grand par sa capacité de travailler, de rechercher des nouvelles pistes, de se remettre en cause.- Il était grand par sa vision globale de lʼindividu et de la médecine. “ Il ne peut y avoir deux médecines différentes. Il nʼy en a quʼune, interprétée par des cultures différentes certes, mais il y a une unité sous-jacente entre médecine occidentale et orientale”. Il nʼa eu de cesse de trouver des ponts entre acupuncture et posturologie, entre acupuncture et ostéopathie, entre médecine chinoise et médecine occidentale.

Il était grand par sa capacité de transmettre et de donner tout ce quʼil savait, tout ce quʼil avait découvert, que ce soit au travers de ses livres ou de ses enseignements. Ainsi, nombreux sont ceux qui l’ont écouté durant les conférences données aux Echanges Soulié de Morant à Paris de 2004 à 2007 [[1],[2]], mais aussi au cours d’une rencontre informelle [[3]].

Il avait donné à la posturologie une vision globale, ouverte, intégrant les différents mouvements et leur donnant un éclaircissement [[4],[5],[6]] ; à l'acupuncture un apport pour moi essentiel au travers de la « palpation subtile des points » [[7],[8]], et surtout, nous nous répétons, il avait réussi à fusionner la vision occidentale et orientale de cet art de soigner. Il cherchait à transmettre ses aboutissements avec patience et sans jamais imposer. Quand il avait senti que celui venu écouter et discuter avec lui s'y attelait, il ne comptait pas son temps. Quand on lui disait « Je ne sens pas, c'est quoi cette palpation subtile...il me répondait invariablement » « Continue ! ».

Ce verbe le résume tant d'ailleurs, envers et contre tout. Le cap passé, quelle lumière d'écouter ce que j'aime à appeler « la respiration des points ». Je ne saurais plus travailler sans cette façon si subtile d'écouter ce que le corps a à nous dire. C'est un temps précieux de l'examen clinique, que Georges a eu le génie de trouver. C'est son shen qui l'y a conduit. Et nous comprenons bien alors, à la suite de sa dernière hospitalisation, son désarroi, son inquiétude même, de voir la médecine actuelle perdre l'écoute et la place qui devrait rester majeure de l'examen clinique. « Quʼavons-nous raté pour que la médecine ait évolué dans cette direction ? » avouait-il à un de ses amis proches. Dernièrement, Il avait acheté des revues dʼinternat. Il trouvait que lʼenseignement actuel de la médecine nʼaccordait plus assez dʼimportance à la clinique et il envisageait de revoir lʼétude de la séméiologie pour transmettre à son petit-fils, étudiant en médecine, les clefs pour être un bon clinicien.

Depuis quelque temps, il était de plus en plus diminué par sa maladie, mais il continuait encore et toujours à être là pour ses patients auprès desquels il faisait preuve dʼune grande disponibilité, dʼune écoute sans pareille et surtout dʼune efficacité thérapeutique extraordinaire, même dans des pathologies très lourdes. En effet, écouter, aider, soigner étaient objectif et partie intégrante de sa vie. Et ses patients avaient bien senti cela : l'immense clinicien et homme de coeur derrière son handicap.

Oui, Georges nous a quittés. Je pense que le plus bel hommage que nous puissions lui rendre, cʼest de faire en sorte que la médecine redevienne un art et non pas une technique de soin, un art où la relation médecin-malade sera au coeur du système, un art où lʼouverture à toutes les façons de soigner devienne une réalité et où la technicité est assujettie à l'Humain et non l'inverse. La meilleure façon de garder Georges vivant est de continuer à travailler dans la voie qu'il avait tracée, c’est-à-dire celle du travail, du surpassement, du don et de la transmission.

Georges aux Echanges Soulié de Morant le 18 mars 2006 à la Cité Universitaire Internationale à Paris. Sa conférence portait sur les obstacles majeurs aux traitements posturaux (vous la trouverez sur le site de l’ASMAF-EFA à l’adresse : https://www.meridiens.org/echanges/echanges2006/echanges.htm

 

Georges à Wattignies dans son bureau

 

Références

[1]. Willem G. Les obstacles majeurs aux traitements posturaux. Echanges Soulié de Morant de l'école Française d'acupuncture. Paris 18 mars 2006.  

[2]. Willem. Embryologie et Merveilleux Vaisseaux. Echanges Soulié de Morant de l'école Française d'acupuncture. Paris 17 mars 2007. 

[3]. Piquemal M.  Rencontre à Wattignies : Acupuncture, palpation subtile et Lumière. Acupuncture & Moxibustion. 2008 ;7(1):52-55.

[4].Willem G. Manuel de posturologie : approche clinique et traitements des pathologies rachidiennes et céphaliques. 2e éd. Paris: éditions Frison-Roche; 2004.

[5].  Stéphan JM.  Recension : manuel de posturologie de Willem. Acupuncture & Moxibustion. 2005;4(3):243.

[6] . Willem G. Désordres posturaux et acupuncture. Acupuncture & Moxibustion. 2005;4(3):214-215

[7] . Willem G. Palpation subtile des points d’acupuncture. 1e éd. Paris: éditions Frison-Roche; 2005.

[8]. Stéphan JM. Recension : Palpation subtile des points d’acupuncture de Georges Willem. Acupuncture & Moxibustion. 2006;5(1):88.