Index de l'article

Non spécificité de l'imagerie de l'acupuncture à action visuelle selon la MTC 

Certains travaux émettent cependant des doutes sur les travaux de Cho [2] et en général sur la spécificité de l'acupuncture. Ainsi Gareus et coll. en 2002 [ [11] ] se sont intéressés au point 37VB utilisé dans les affections oculaires dans le but de confirmer les travaux précédents. Trois groupes de volontaires européens non asiatiques ont été étudiés : groupe I (7 sujets : n=7) bénéficiant d'une stimulation visuelle par un flash lumineux associée à l'acupuncture sans manipulation sur le point 37VB gauche ; groupe II (n=8), stimulation visuelle identique et acupuncture sur 37VB bilatéralement avec recherche du deqi ; groupe III (n=6), acupuncture seule avec recherche du deqi, mais sans stimulation visuelle. Les groupes I et II objectivent une activation du cortex visuel occipital, mais sans différence statistiquement significative. Le groupe III ne montre aucun effet direct significatif sur le cortex visuel, à la différence du travail de Cho. Par contre, dans les groupes II et III, il existe une activation statistiquement significative du cortex insulaire, soupçonné de jouer un rôle dans le phénomène d'anticipation de la douleur, et des aires 37, 39 et 40 de Brodmann du carrefour temporo pariéto-occipital (opercule pariétal, cortex temporo-pariétal, lobule pariétal inférieur, gyrus occipital moyen -BA37 : groupe II-), gyrus cingulaire (groupe III) et cunéus (aire 31 dans le groupe II). Le cortex insulaire (insula), l'opercule pariétal et le cortex pariéto-temporal sont considérés comme des aires somesthésiques secondaires impliquées dans l'interprétation des stimuli somato-sensoriels et dans le processus de traitement cortical de la douleur, comme d'ailleurs le gyrus cingulaire. Donc, il semblerait que ces activations soient en fait des effets secondaires en rapport avec la recherche du deqi. Les auteurs en concluaient que même s'ils ne détectaient pas une réponse BOLD au niveau du cortex visuel, d'autres travaux étaient nécessaires afin de déterminer si les images observées au niveau pariéto-temporal étaient en rapport avec l'inévitable réaction à la stimulation somato-sensorielle ou une réponse spécifique à l'acupuncture.

Une autre étude en 2002 [ [12] ] n'était pas aussi affirmative que Cho quant à la corrélation entre spécificité des aires corticales occipitales et points d'acupuncture à correspondance visuelle. Avec pour postulat que l'acupuncture produit à la fois des effets spécifiques et non spécifiques, ces auteurs ont étudié chez 15 volontaires portant masque oculaire et boules anti-bruits, la réaction cérébrale par IRMf suite à la stimulation électrique du point 34VB (yanglinquan) utilisé en analgésie. Le groupe électroacupuncture (EA vraie) montrait une activation statistiquement significative plus élevée que le groupe placebo (EA « sham » appliquée sur des non-points d'acupuncture) de l'hypothalamus, de l'aire primaire somatosensorielle (gyrus postcentral BA1,2), du cortex moteur (gyrus précentral BA4) et une désactivation du segment rostral du cortex cingulaire antérieur. Dans la comparaison EA minimale (c'est à dire acupuncture superficielle avec électro-stimulation légère) versus EA feinte (« mock » : aucune électro-stimulation), l'EA minimale offrait une activation plus élevée sur le cortex occipital moyen. Le gyrus temporal supérieur (BA41, BA42 : englobant le cortex auditif) et le cortex occipital moyen (BA18) (englobant le cortex visuel) étaient également activés par l'EA minimale, l'EA feinte, ou l'EA vraie. Les auteurs concluaient donc que les systèmes limbique et hypothalamique étaient de manière statistiquement significative modulés par l'électroacupuncture appliquée sur les points d'acupuncture plutôt que sur des non-points. Ils notaient d'autre part que les activations corticales visuelles et auditives n'étaient pas spécifiques des points d'acupuncture à visée sensorielle puisque activés par toutes les stimulations.

En 2006, Hu et collègues, contredisant leurs premiers travaux réalisés en 2005 [9] arrivent à la conclusion que la stimulation des points à action spécifique sur la vision : VB37 et 3F n'a aucun effet sur le cortex visuel mais active par contre l'insula et le cortex parieto-temporal impliqués dans la perception de la douleur et relais des informations somato-sensorielles, de la même façon que la stimulation des points 40E (fenglong) et 43E (xiangu), points « sham » [ [13] ].

En 2007, Kong et coll. montrent que la stimulation d'électroacupuncture à 2 Hz sur 37VB, 60V et un non-point d'acupuncture suscite une augmentation similaire du signal BOLD de l'IRMf au niveau de l'opercule frontal bilatéralement (BA44,45), du gyrus postcentral S2 gauche (BA40), de l'insula droite et une diminution du signal BOLD dans le cortex orbito- préfrontal médial bilatéral (BA11) et le lobule paracentral (BA2-4) (partie postérieure du gyrus supérieur frontal), signifiant la non spécificité encore des points à action visuelle [ [14] ]. Quelques mois plus tard, Kong et coll. confirment que la stimulation des points à action visuelle n'entraînent pas une action spécifique sur le cortex visuel occipital. Sur six sujets sains, ils comparent la stimulation par EA (2Hz) de 60V et 37VB versus un non-point d'acupuncture. Les stimulations électroacupuncturales sur les point « visuels » ainsi que celles des non-points produisent des diminutions modestes et comparables du signal de l'IRMf dans le cortex occipital incluant le cuneus bilatéral (6ème circonvolution occipitale), la scissure calcarine et des secteurs environnants, le lobule lingual et la circonvolution occipitale latérale. Aucune différence significative des variations des signaux de l'IRMf au niveau du lobe occipital n'a été pourtant objectivé par la stimulation de ces trois points. De ce fait, Kong et coll. soutiennent la non spécificité de l'acupuncture à action visuelle mais formulent la possibilité que cette décroissance du signal BOLD pourrait être en rapport avec la stimulation somatosensorielle suscitée par la puncture [ [15] ]. Le tableau I offre le récapitulatif de tous les travaux.

La recherche de correspondance par IRM fonctionnelle des aires occipitales du cortex par la stimulation des points d'acupuncture à action ophtalmologique selon la Médecine Traditionnelle Chinoise n'est pas la seule voie de recherche expérimentale en imagerie acupuncturale.

Tableau I. Récapitulatif des corrélations entre les points d'acupuncture et les aires corticales activées des principaux travaux de cette synthèse.

Auteur principal (année)

N

Champ magnétique Bo en Tesla

Méthode

Points utilisés

Activation (+)

Désactivation (-)

Remarques

Cho (1998)

12 VS

2,0

AM versus sham et versus lumière

2 niveaux d'analyse

67V, 66V, 65V, 60V

Cortex occipital B (+ 4/12) ; cortex occipital B (- 8/12)

Différenciation yin (+) / yang (-)

Siedentopf (2002)

10 VS

1,5

Laser (670nm, 10mW)

SMP99 (1 seul niveau d'analyse)

67V

Cuneus I (+) (BA18) ; gyrus occipital moyen I (+) (BA19)

Première étude laser ; pas d'activation du point placebo

Li (2003)

18 VS

 

AM+EA(2Hz /20Hz) versus lumière

67V, 66V, 65V, 60V

Cuneus B (+ 10/18 AM ; EA/2hz (+8/18) ; EA/20Hz (+7/18) ; cuneus B, gyrus temporal et frontal (- 13/18 AM)

Modulation de l'activité corticale en fonction de la méthode acupuncturale

Litscher (2004)

1 VS

1,5

Laser (685nm, 30-40mW)

SMP99 (1 seul niveau d'analyse)

4GI, 36E, 60V, 67V

Gyrus occipital supérieur G (+) ; gyrus frontal supérieur et moyen D, gyrus frontal inférieur D , gyrus précentral D (+)

1 VS avec IRMf, 17(échodoppler)

Parrish (2005)

12 VS

3

AM versus point sham (6RP)

SMP99

60V, 3R, 6RP

Cortex occipital (+ 60V) ; cortex auditif (+ BA41-42, 3R) ; 6RP (+ cervelet, ganglion basal)

60V (vision) 3R (audition). 6RP : inatif sur les aires sensorielles

Hu (2005)

19 VS

 

-Groupe 1 : AM unilatéral + lumière (n=7)

- groupe 2 : AM bilatéral+ lumière (n=6)

- groupe 3 : AM bilatérale (n=6)

37VB, 3F

Cortex occipital (+ si stimulation acupuncturale continue)

ECR chinois sans traduction complète : données insuffisantes

Litscher (2006)

2

VS

1,5

Laser (685nm, 30-40mW)

SMP99 (1 seul niveau d'analyse)

4GI, E36, 60V, 67V, 37VB (vision)

20GI, 6GI, 4GI (olfaction)

43VB, 5TR (audition)

- vision : cortex occipital (+ BA19 , cortex frontal B (+)

olfaction : cortex olfactif (+ BA28 ?)

- audition : cortex auditif (+BA41-42 ?)

ECR sur 41 VS mais seulement 2 concernant l'IRMf. Manque de précision

Gareus (2002)

21

VS

2

- 1. AM gauche sans deqi + lumière (n=7) - 2. AM B + deqi + lumière (n=8)

- 3. AM B + deqi (n=6)

BrainVoyager : analyse statistique

37VB

- Groupe 1 et 2 :  cortex occipital (+) mais sans différence significative

Groupe 2 : insula, BA40, BA39, BA31, BA37 (+)

- groupe 3 : insula, BA40, BA39, BA40 (lobe pariétal inférieur), gyrus cingulaire (+)

Pas de spécificité des points à action visuelle

Wu (2002)

15

VS

1,5

EA (4Hz) versus sham EA, EA minimale, EA feinte

SPM99 avec 2 niveaux d'analyse

34VB

- Hypothalamus (B+)

- cortex somatosensoriel (BA1 +, BA2 +)

- cortex préfrontal (B+ : BA4)

- cortex occipital moyen (BA18 +)

- Segment rostral du cortex cingulaire antérieur  (-)

Point analgésique sans action spécifique visuelle stimulant le cortex occipital

Hu (2006)

18

VS

1,5

AM versus acupuncture sham

AM :37VB, 3F

sham : 40E et 43E

Insula (+), cortex pariéto-temporal (+)

Pas d'activation du cortex visuel

ECR chinois sans traduction complète : données insuffisantes

Kong (2007)

6

VS

3

EA (2Hz) versus NPA

SPM2

2 niveaux d'analyse

37VB, 60V

BA44, BA45 (B+),  BA40 (G+), insula (D+) BA11 (B-) ; BA2, BA4 (B-)

Non spécificité du signal BOLD :  EA = NPA

Kong (2007)

6

VS

3

EA (2Hz) versus NPA

SPM2

2 niveaux d'analyse

37VB, 60V

Cortex occipital : cuneus B, scissure calcarine, lobule lingual  (B-)

Non spécificité du signal BOLD :  EA = NPA

AM : acupuncture manuelle avec deqi ; EA : électroacupuncture ; BA : aire de brodmann ; B : bilatéral ; I : ipsilatéral, C : controlatéral ; NPA : non point d'acupuncture ; VS : volontaires sains ; D : droite ; G : gauche.