Principles of Ear Acupuncture Microsystem of the Auricle

RUBACH Axel

New York/Stuttgart : Éditions Thieme, 2016

-296 p.; 25,4 x 1,8 x 18,3 cm. Broché, 132 Illustrations et Biblio.

ISBN : 978-3131252524 : 64,90 €

 

 

 

Voici la deuxième édition mise à jour de l’ouvrage d’Axel Rubach qui se veut un manuel de référence de l’acupuncture auriculaire. Ce livre offre une description détaillée de l'anatomie de l'oreille et la localisation précise des points d’auriculothérapie selon les écoles française (Nogier) et chinoise. L’iconographie représentée par des images graphiques de grand format montrent clairement l'emplacement des points.

Sont décrites aussi les différentes procédures de diagnostic et de localisation des points sensibles par palpation avec des sondes de pression télescopiques ou par appareils à détection électrique ou même faisant intervenir le VAS (vascular autonomic signal), c’est-à-dire le fameux le RAC (réflexe auriculo-cardiaque) observé par Nogier en 1968. Les méthodes de stimulation des points sont aussi notifiées allant de la simple puncture à l’utilisation du laser en passant par la mise en place d’aiguilles à demeure, semi-permanentes ou la stimulation électrique et l’infiltration de points ou zones. L’auteur livrera ensuite les indications établies et leurs traitements. Ainsi un chapitre s’intéressera à l'utilisation de l'acupuncture auriculaire en obstétrique (menace d’accouchement prématurée, nausées-vomissements, induction du travail, dépression postpartum, infertilité, etc.) comme cela a été rapporté dans un livre consacré complètement au thème [[1]]. Les autres chapitres aborderont de nombreux domaines de la médecine : l’ophtalmologie (allergie conjonctivale, atrophie du nerf optique), l’ORL (vertiges de Ménière, acouphènes, sinusites, etc.), les maladies cardio-vasculaires (hypo ou hypertension, tachycardie), les maladies gastro-intestinales, les maladies urinaires (énurésie, vessie irritable, etc.), la dermatologie (allergies, prurit..), la neurologie (céphalées, névralgies faciales..), les maladies de l’appareil locomoteur (cervicalgies, lombalgies, sciatiques, gonalgies, etc.), les addictions à l’alcool, tabac, drogues (avec le fameux protocole NADA). Bref vaste est le domaine de l’auriculothérapie.

Enfin l’auteur achèvera son ouvrage en offrant des protocoles thérapeutiques. Ainsi dans tous les traitements, il propose à chaque fois une collection de points à utiliser, tout d’abord les points primaires, puis les points supplémentaires et donne ensuite un schéma en trois sessions, points auriculaires qu’il combine quelque fois à l’acupuncture classique. Par exemple, dans l’énurésie traitée en trois, voire quatre séances, il propose lors de la première session dans la sélection de points primaires la zone 92 de la vessie et en points supplémentaires, la zone 95 du Rein, le point végétatif 51, les points psychotropes tels que PT1 et PT4. A la seconde séance : en point primaire, utilisation du point du plexus uro-génital et le point zéro (82) ; en points supplémentaires : le point végétatif II (34) et les PT1 et PT4. A la troisième séance en points primaires, on trouvera les points de la zone de la chaine ganglionnaire paravertébrale de L5-S1.

Les livres d’auriculothérapie français ne manquent pas [1,[2],[3],[4]]. Et celui-ci en anglais très didactique, avec une iconographie de localisation des points bien précise, peut aussi intéresser tous ceux souhaitant approfondir leurs connaissances.

Néanmoins plusieurs problématiques persistent. Tout d’abord la première concerne la grande prolifération des cartes auriculaires. Ainsi il y a les cartes de Nogier-Bourdiol (1968-1987), les cartes chinoises standardisées (1992-2008), la carte allemande de Königg et Wancura (1998), la carte d’Oleson et l’école américaine (1990) [[5],[6],[7]] et la toute dernière d’Alimi et ses segmentogrammes dont vous pouvez lire la recension de son ouvrage dans ce numéro. Et comme le dit Romoli : «.. il y a eu une prolifération de cartes émanant de nombreux auteurs, souvent arbitraires et surtout non soutenues par une recherche clinique appropriée. Il est intéressant de noter que les auteurs d’ECR n’ont généralement pas écrit de textes sur ce sujet, alors que les auteurs de livres, proposant points ou zones personnelles dans leurs cartes, n’ont presque jamais publié d’ECR. » [6]. De ce fait il en découle la seconde problématique objectivant une très nette insuffisance d’essais comparatifs randomisés prouvant l’efficacité de l’auriculothérapie. Ainsi le rapport INSERM-U699 analysant en 2013 une quarantaine d’essais randomisés signalait que « De manière générale, il n’y a pas d’indications pour lesquelles les études sont suffisamment homogènes et suffisantes en nombre et en qualité pour permettre de tirer des conclusions fiables. » [[8]]. Effectivement, la plupart de ces ECR sont difficiles à interpréter du fait de limites méthodologiques. Néanmoins, ils reconnaissaient l’intérêt de l’auriculothérapie dans le traitement de la douleur peropératoire (trois ECR dont celui d’Usichenko et coll. [[9],[10]]) en l’utilisant comme méthode adjonctive de traitement, versus acupuncture auriculaire placebo. Idem en ce qui concerne l’anxiété préopératoire, mais pas de résultats probants en ce qui concerne les addictions. De même, les auteurs de la dernière méta-analyse concernant l’antalgie immédiate dans les 48 heures (dix ECR inclus) considèrent qu’une recherche rigoureuse est nécessaire pour établir une preuve définitive d’efficacité de l’auriculothérapie dans la douleur [[11]].

 

 

[1]. Stéphan JM. Recension. Acupuncture et auriculothérapie en obstétrique et gynécologie par Claudine De Brassier, Anne-Laure Mathieu, Yves Rouxeville. Acupuncture & Moxibustion. 2014;13(4):320.

[2]. Stéphan JM. Recension : Auriculothérapie. Acupuncture auriculaire de Yves Rouxeville et coll.. Acupuncture & Moxibustion. 2008;7(1):81-82.

[3]. Stéphan JM. Recension. Panorama de l’auriculothérapie et de l’auriculomédecine par Yves Rouxeville, Yunsan Meas. Acupuncture & Moxibustion. 2013;12(1):81-82

[4]. Stéphan JM. Recension. Les clés de l’auriculothérapie. Clinique et pratique par Yves Rouxeville. Acupuncture & Moxibustion. 2016;15(3):250.

[5]. Romoli M. Différences entre les cartes auriculaires historiques de Paul Nogier et la carte chinoise contemporaine. Acupuncture & Moxibustion. 2015;14(1):62-71.

[6]. Romoli M. Où en est la recherche en auriculothérapie/acupuncture auriculaire. Acupuncture & Moxibustion. 2015;14(2):142-149.

[7]. Rouxeville Y. Ma vision des cartographies d’oreilles. Acupuncture & Moxibustion. 2015;14(2) :165.

[8].  Guegen J, Barry C, Seegers V, Falissard B. Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’auriculothérapie. Rapport Inserm 2013. [cité le 11/06/2018]. Available from: URL: https://www.inserm.fr/sites/default/files/2017-11/Inserm_RapportThematique_EvaluationEfficaciteAuriculotherapie_2013.pdf.

[9]. Usichenko TI, Kuchling S, Witstruck T, Pavlovic D, Zach M, Hofer A, Merk H, Lehmann C, Wendt M. Auricular acupuncture for pain relief after ambulatory knee surgery: a randomized trial. CMAJ. 2007 Jan 16;176(2):179-83.

[10]. Goret O. Nguyen J. L’acupuncture auriculaire a une action préventive sur la douleur après chirurgie ambulatoire du genou. Acupuncture & Moxibustion. 2009;8(4) :259-265.

[11].  Murakami M, Fox L, Dijkers MP. Ear Acupuncture for Immediate Pain Relief-A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Pain Med. 2017 Mar 1;18(3):551-564.