Médecine chinoise

               Science et intuition

              VOUILLOZ Michel

              Sembrancher : Imprimerie des 3 Dranses, 2015.

              -104 p. ; 15 cm x 21 cm. Broché, biblio.

               ISBN 978-2-8399-1773-5 : 20 CHF

                                                                           

                                                                          

Le DMichel Vouilloz, depuis peu à la retraite, est FMH en médecine interne, en prévention et santé publique et de formation en médecine chinoise. Il a été Président de l’ASA (association des sociétés médicales suisses d’acupuncture et de médecine chinoise) de 2012 à 2014. Il a fait partie du comité d’organisation ayant obtenu de la FMH (foederatio medicorum helveticorum) qu'elle reconnaisse la médecine chinoise comme formation complémentaire. Aujourd’hui, l’ASA est mandatée par la FMH pour valider cette formation en Suisse.

 

Lors de la cinquième session du Comité intergouvernemental de l’Unesco, réuni à Nairobi au Kenya du 15 au 19 novembre 2010, la médecine traditionnelle chinoise (acupuncture et moxibustion) a été inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité [[1]]. Il s’agit d’une liste d’éléments culturels nécessitant une sauvegarde urgente et dont la viabilité est en péril malgré les efforts des communautés ou groupes qui les pratiquent. Pour obtenir l’inscription sur cette liste de l’Unesco, les États doivent en particulier s’engager à mettre en œuvre des plans de sauvegarde spécifiques. Ils ont également la possibilité de bénéficier d’une assistance financière en provenance d’un fonds géré par l’Unesco. Du fait que les Chinois aient souhaité l’inscription de l’acupuncture et la moxibustion à ce patrimoine, doit-on en déduire qu’elles sont des traditions en péril, tout comme la cuisine française inscrite la même année ? Michel Vouilloz pourrait le penser, car son ambition pour son ouvrage est « d’apporter une contribution au dialogue difficile entre la médecine chinoise et la médecine occidentale, plus particulièrement à la difficulté d’intégration de la médecine chinoise dans les systèmes de santé basés sur la médecine scientifique ». Et Michel Vouilloz de faire la comparaison entre les deux médecines, l’une, occidentale scientifique basée sur un postulat et l’autre, culture chinoise basée sur un axiome, vérité indémontrable qui se doit d’être admise.

Mais il paraît clair à l’heure actuelle que l’une et l’autre ne sont pas antinomiques, mais Médecine, et doivent se rejoindre dans le concept de la médecine dite intégrative1. Et d’ailleurs, l’auteur fait le point sur la médecine occidentale factuelle, médecine basée sur les preuves et les essais comparatifs randomisés (ECR). Mais l’acupuncture n’est pas en reste, car comme le dit Michel Vouilloz, il existe une augmentation exponentielle des ECR d’acupuncture (figure 1). En effet, par l’approche la plus scientifique qui soit, il s’agira de justifier la pratique des différentes façons de traiter par les aiguilles. Et comme la médecine occidentale scientifique l’exige pour sa thérapeutique, il est nécessaire de prouver par les ECR que l’acupuncture fonctionne chez le plus grand nombre de malades. Michel Vouilloz semble sceptique sur la possibilité que la médecine chinoise, trop intuitive, trop « yinyang » puisse être considérée à sa juste valeur, mais les recommandations de l’acupuncture par l’association française des soins de support en oncologie montrent la voie de ce que l’acupuncture se doit d’être dans le cadre de la médecine intégrative [[2]] ou même en tant que discipline médicale, thérapeutique et transversale en cours d’évaluation [[3]]. Vous l’avez compris, l’ouvrage de Michel Vouilloz, à la pagination pourtant réduite est un riche essai qui s’adresse surtout à un public averti car il aborde autant l’épistémologie que l’histoire des Classiques Chinois en passant par l’épigénétique, le noyau raphé magnus ou Sun Simiao... Bref, un dense condensé de ce que le lecteur devra explorer à son tour pour enrichir son questionnement.

Figure 1. 3375 ECR de 1974 à 2015 (recherche Medline pubmed) ; plus de 200 ECR par an à partir de 2002.

Note

1. Née en Chine dans les années 1970, la médecine dite intégrative a pour intérêt d'utiliser simultanément la médecine traditionnelle chinoise et la médecine occidentale. La médecine intégrative est une médecine qui tient compte de la personne entière (corps, esprit), incluant tous les aspects du style de vie. Elle s'attarde sur la relation thérapeutique et utilise aussi bien les thérapies conventionnelles que complémentaires.

 

Références

[1]. Unesco. [Consulté le 14 juin 2016]. Available from URL: http://www.unesco.org/culture/ich/fr/RL/lacupuncture-et-la-moxibustion-de-la-medecine-traditionnelle-chinoise-00425?RL=00425.

[2]. AFSOS. L’acupuncture en onco-hématologie (2014). [Consulté le 14 juin 2016]. Available from URL: http://www.afsos.org/IMG/pdf/Acupuncture_AFSOS_VF_12_DEC.pdf.

[3]. Nguyen J. Acupuncture et MTC, quelques réflexions. Acupuncture & Moxibustion. 2007;6(3):236-239.