Le bouddhisme et la médecine traditionnelle de l'Inde

Sylvain MAZARS

Paris : Springer-Verlag France. Collection : Médecines d'Asie : Savoirs et Pratiques, 2008.

-152 pages ; 15,5 x 23,5 ; bibliographie, 45€

ISBN: 978-2-287-74544-7

 

La médecine traditionnelle de l'Inde, désignée sous le nom d'Ayurveda ou « savoir sur la longévité » est l'un des plus anciens systèmes médicaux du monde. L'Ayurveda est codifié dans l'Atharvaveda, datant du XIVe-XVe siècle avant notre ère, qui comprend cent quatorze hymnes spécifiquement consacrés à la description des maladies [ [1] ]. D'origine divine, car savoir révélé par Brahma sous forme de 100 000 vers, transmis à Prajapati (être céleste créé par l'esprit de Brahma), puis aux jumeaux cavaliers Ashwin et enfin Indra, l'Ayurveda est organisé en huit chapitres classifiant les maladies selon la façon de les soigner (chirurgie, art de préparer les médicaments, incantations et prières..) ou s'intéressant à un organe (ORL et ophtalmologie, maladies des organes génitaux), ou s'intéressant aux maladies de l'enfance, aux maladies internes, aux intoxications par des minéraux, végétaux ou animaux. Les quatre Saintes Vérités énoncées dans le « sermon de Bénarès » sont la base véritable de la doctrine bouddhique et concernent la notion de douleur, dont il faut s'affranchir. Mazars note : « L'abolition de la douleur est également une des raisons d'être du médecin ». La première Vérité  : toute existence est douleur, mais la vie offre non seulement des souffrances, mais aussi des joies. Ce qui la rend intolérable, c'est l'impermanence des choses. La seconde vérité recherche l'origine de la douleur : le plaisir, le désir et les passions sont sources de cette souffrance. La troisième vérité : la suppression de la douleur passe par l'extinction du désir. L'octuple chemin est la quatrième vérité qui conduit à l'arrêt de la douleur et permet d'échapper au samsâra, le cycle infini de naissances et renaissances successives des êtres vivants conditionnés par leur karma.

 

Sylvain Mazars compare dans son ouvrage les corpus religieux du bouddhisme avec ceux de l'Ayurveda et constate qu'il est erroné de faire du « bouddhisme une doctrine médicale sous le prétexte de quelques comparaisons et analogies entre bouddhisme et Ayurveda dans les textes canoniques ». Il montre que le but de l'Ayurveda est de soigner la maladie, car elle est un obstacle à une longue vie. En revanche, les concepts médicaux dans la littérature bouddhique font de la médecine un moyen d'apaiser la souffrance, mais par exemple la médecine tonifiante (rasayana) n'a que peu d'intérêt, puisque que « la mort permet d'atteindre plus vite l'état d'Arhat ».

L'auteur démontre cependant l'intérêt politique considérable pour les souverains bouddhistes à développer la pratique médicale des communautés de moines bouddhistes (samgha), la médecine étant alors considérée comme un moyen de prosélytisme leur permettant de récolter prestige et pouvoir. Selon Mazars, la nature de la médecine diffusée hors de l'Inde par le bouddhisme est l'Ayurveda classique et non une médecine bouddhique originale. Ainsi « les traductions tibétaines se contentaient de remplacer les noms hindous par des noms bouddhistes, mais conservaient l'essentiel des enseignements ayurvédiques ». Mazars passe sous silence que la réalité est tout autre. Par exemple, la médecine traditionnelle tibétaine est syncrétique et réunit diverses strates : des pratiques chamaniques anciennes bön, l'Ayurveda introduit par des moines bouddhistes (physiologie fondée sur la trishoda des trois humeurs) et enfin certains éléments mongols et chinois (la sphygmologie chinoise, la moxibustion par exemple) [1]. Huart parle aussi d'une influence gréco-arabo-iranienne ignorée [[2]]. Pour s'en convaincre, il suffit de lire les articles de Sautreuil et coll. et Thibaud  [[3],[4]].

En conclusion, cet ouvrage intéressant permet de comprendre les rapports étroits entre la philosophie bouddhique, l'Ayurveda et l'art de guérir. Un seul reproche à formuler sur la forme : on peut regretter pour les lecteurs ne maîtrisant pas parfaitement la langue de Shakespeare les trop nombreuses citations anglaises non traduites. 

Références

[1]. Brelet C. Médecines du monde. Histoire et pratiques des médecines traditionnelles. Paris: Editions Robert Laffont; 2002

[2]. Huard P. La médecine tibétaine. Méridiens. 1968;3-4:19-35.

[3]. Sautreuil P, Margarit Bellver P. Éléments de Médecine Traditionnelle Tibétaine. Acupuncture & Moxibustion. 2005;4(4):258-265.

[4]. Thibaud L. Lettre du Ladakh. Rencontre avec un Amchi Ladakhi. Acupuncture & Moxibustion. 2005;4(4):266-270.