La nouvelle cranioacupuncture de Yamamoto (YNSA)

      MEMHELD Bernard

      Paris : Editions Springer-Verlag France, 2011

      -126 p. ; 15,7 cm x 23,6 cm. Broché, fig, illust., biblio.

      ISBN 9782817802138- : 35€

 

 

 

Voici enfin un ouvrage didactique qui nous apporte des planches iconographiques très bien faites sur la topographie de la somatotopie de la cranioacupuncture de Yamamoto, médecin japonais qui découvrit dans les années 70 une nouvelle méthode de diagnostic et de traitement au niveau du crâne.

Cette « acupuncture » appelée aussi YNSA entre dans le cadre des « microsystèmes » au même titre que l’acupuncture auriculaire (auriculothérapie) [[1]] ou la manupuncture coréenne [[2]] découverte également dans les années 70. Bernard Memheld nous avait déjà fait part de son expérience dans le cadre de la pathologie ostéoarticulaire [[3]] ainsi que Gilbert Lambrechts dans les séquelles d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) [[4]]. Nos lecteurs ne seront donc pas dépaysés.

On entend par somatotopie la projection du corps entier sur une zone très réduite de ce dernier, comme l’oreille (auriculothérapie), la main (manupuncture), le cuir chevelu (cranioapuncture chinoise ou cranioacupuncture YNSA), la plante des pieds (réflexothérapie plantaire), l’iris (iridologie), le visage (réflexothérapie faciale), le nez (sympathicothérapie), la langue (réflexothérapie linguale) etc... Hormis l’auriculothérapie qui fait toujours l’objet d’essais cliniques randomisés [[5]] mais dont l’efficacité assez controversée nécessite encore de nombreux ECR de haute qualité méthodologique [[6]], il n’existe à ce jour qu’un seul et unique ECR en langue allemande objectivant une réduction d’une douleur expérimentale calcanéenne par l’YNSA [[7]], mais nullement sur une réelle maladie algique.

 

Une autre étude clinique allemande propose l'utilisation l’YNSA comme technique d'appoint dans la réadaptation des AVC. En effet, les huit patients traités ont ressenti subjectivement un mieux être après le traitement, objectivant également des modifications dans les activations corticales au niveau des aires motrices, prémotrices et du cortex moteur supplémentaire. Mais, même s’il y avait des effets positifs, les auteurs montraient que la conception de leur étude souffrait de nombreuses erreurs méthodologiques [[8]].

Les mêmes auteurs en 2007 utilisaient l’application de soft laser de 4mW sur les zones de l’YNSA chez un nourrisson de 18 mois souffrant d’hémiparésie et de crises épileptiques suite à un AVC. Une  amélioration considérable des séquelles était retrouvée au bout de 45 séances étalées sur 21 mois. Les auteurs préconisaient donc l’utilisation de l’YNSA, possible adjuvant thérapeutique dénué d’effets secondaires [[9]].

Dans l’infirmité cérébrale motrice chez cinquante-huit enfants âgés de 14 mois à 4 ans, les exercices intenses et l’acupuncture ou l’électroacupuncture (3Hz) sur les zones YNSA associée à du soft laser de 2mW He-Ne sur des points corporels semblent aussi donner de bons résultats [[10]], mais là encore cette ancienne étude de cas est de mauvaise qualité méthodologique.

Erikson en 2000 recommandait d’ailleurs dans les AVC l’approche de la cranioacupuncture chinoise associée à la technique Xingnao Kaiqiao du Professeur Shi Xuemin de l’école de MTC de Tianjin plutôt que celle de la technique japonaise de Yamamoto [[11]].

Quoi qu’il en soit, j’avoue rester perplexe et dubitatif quant à l’efficacité réelle de la cranioacupuncture de Yamamoto, surtout que son concept ressemble à un florilège de microsystèmes où se côtoient somatotopie du cuir chevelu, mais aussi comme le montre Bernard Memheld, somatotopie abdominale, pelvienne, dorsolombaire, cervicodorsale, thoracique et même du coude. Bref, il est temps de réaliser une véritable évaluation de cette technique de façon à éviter le piège de la pseudo-médecine réservée à des praticiens en réflexothérapies combinées.

 Références

 [1]. Stéphan JM. Recension : Auriculothérapie. Acupuncture auriculaire d’Yves Rouxeville et coll. Acupuncture & Moxibustion. 2008;7(1):81-82.

[2]. Nam Sok. La manupuncture coréenne en France. Korea News. 2012 may 1 [cited 2012 May 12]. Available from: URL:http://koreanews.fr/2012/05/la-manupuncture-coreenne-en-france-part-1

[3]. Memheld B. La nouvelle cranioacupuncture de Yamamoto (YNSA), application à la pathologie ostéoarticulaire. Acupuncture & Moxibustion. 2007 ;6(3) :229-231.

[4]. Lambrechts G : La nouvelle craniopuncture selon Yamamoto (YNSA). Acupuncture et moxibustion. 2007;1(6):39-45.

[5]. Alimi D, Rubino C, Pichard-Léandri E, Fermand-Brulé S, Dubreuil-Lemaire ML, Hill C. Analgesic effect of auricular acupuncture for cancer pain: a randomized, blinded, controlled trial. J Clin Oncol. 2003;21(22):4120-6.

[6]. Black S, Carey E, Webber A, Neish N, Gilbert R. Determining the efficacy of auricular acupuncture for reducing anxiety in patients withdrawing from psychoactive drugs. J Subst Abuse Treat. 2011;41(3):279-87.

[7]. Ogal HP, Hafer J, Ogal M, Krumholz W, Herget HF, Hempelmann G. [Variations of pain in the treatment of one classical acupuncture-point versus one point of Yamamoto's new scalp acupuncture]. Anasthesiol Intensivmed Notfallmed Schmerzther. 2002 Jun;37(6):326-32.

[8]. Schockert T, Schnitker R, Boroojerdi B, Smith IQ, Yamamoto T, Vietzke K, Kastrau F. Cortical activation by Yamamoto new scalp acupuncture in the treatment of patients with a stroke: a sham-controlled study using functional MRI. Acupunct Med. 2010 Dec;28(4):212-4.

[9]. Yamamoto T, Schockert T, Boroojerdi B. Treatment of juvenile stroke using Yamamoto New Scalp Acupuncture (YNSA) - a case report. Acupunct Med. 2007 Dec;25(4):200-2.

[10]. Umlauf R. Experience of modified yamamoto scalp acupuncture with simultaneous rehabilitation and soft-laser therapy in children with cerebral palsy. Acupunct Med. 1995;13:2 85-87.

[11]. Erickson RJ. Acupuncture therapy for stroke: approaches from the acupuncture literature. Acupunct Med 2000;18:1 48-53.