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Discussion

 

Dans la SEP, il est difficile d’apprécier objectivement l’efficacité de l’acupuncture sur un seul cas clinique. Par contre, des essais cliniques, des séries de cas, tout comme  des essais comparatifs randomisés (ECR) le peuvent. L’acupuncture expérimentale observe quant à elle, une efficacité avec une action comparable à certaines thérapeutiques agissant sur l’immunomodulation et la remyélinisation.

 

Immunomodulation

 

Quelques études ont été réalisées chez le rat présentant une encéphalomyélite auto-immune expérimentale (EAE), modèle animal correspondant à la démyélinisation observée dans la sclérose en plaques chez l’être humain [[8],[9],[10]]. L’étude coréenne de Kim et al. [8] objective que l'acupuncture diminue de manière significative l'apparition de la paralysie due à l’EAE (p <0,05). Le nombre de cellules inflammatoires et celui des lymphocytes T auxiliaires (lymphocytes T CD4+)[f] étaient également significativement réduits.

Liu et al. [9] objectivent que l’électroacupuncture (EA) réalisée sur zusanli (ES36) inhibe la prolifération spécifique des lymphocytes T et engendre un rééquilibrage des lymphocytes T CD4+ en ce qui concerne les sous-ensembles Th1/Th2/Th17 et Treg[g] en stimulant l'hypothalamus et en augmentant la concentration d'ACTH qui était chez les rats EA-traités significativement plus élevée in vivo par rapport à des rats non traités. Les mêmes auteurs [10] démontrent que les effets anti-inflammatoires bénéfiques de EA sur l’EAE ont été liés à la production accrue de la ß-endorphine qui engendre une immunomodulation des réponses Thl/Th2 et Th17/Treg. Ces résultats suggèrent que la ß-endorphine pourrait être un élément important dans le développement de thérapies à base de EA utilisés pour le traitement de l'EAE.

 

Remyélinisation 

De nombreuses études ont objectivé que l’EA pouvaient favoriser la sécrétion de neurotrophine-3 (NT-3) au niveau de la moelle épinière lésée [[11],[12],[13]], mais aussi augmenter l'expression de certains facteurs neurotrophiques tels que NT-3, brain-derived neurotrophic factor (BDNF), le nerve growth factor (NGF) et la neurotrophine 4/5 (NT-4/5) [[14],[15]]. Ces neurotrophines sont des facteurs essentiels pour la survie et la différenciation des neurones du système nerveux périphérique. L’étude de Chen et coll. par exemple [12] a objectivé que chez le rat après section de moelle épinière, l’EA appliquée pendant 14 jours sur certains points du Vaisseau Gouverneur (dumai) : zhiyang (9VG), jizhong (6VG), yaoshu (2VG) et changqiang (1VG) entraîne une augmentation de 23% de la NT-3 dans le groupe EA associé au greffon co-implanté de cellules de Schwann et de cellules souches nerveuses par rapport au groupe greffon seul mais sans EA. L’étude récente de Ding et coll. [[16]] va dans ce sens et objective aussi que la greffe de cellules souches mésenchymateuses (MSCs) associée à l’EA (6VG, 9VG ; EA : alternance 60 Hz/2Hz, 1mA pendant 20 mn, un jour sur deux pendant quatre semaines) objective une augmentation significative de l’expression de la NT-3 et permet de promouvoir la différenciation des cellules précurseurs d’oligodendrocytes à partir des récepteurs à dépendance TRKC et son ligand NT-3[h], permet aussi la remyélinisation et l'amélioration fonctionnelle de la moelle épinière démyélinisée, observée par la détection des potentiels évoqués cortico-moteurs (figure 1).

Figure 1. Décompte de la myéline. Six groupes (n=111) de rats Sprague-Dawley males présentant une démyélinisation dorsale en T10 par injection de bromide d’éthidium (EB). Sections (A-F) fines teintées par le bleu de Toluidine dans les groupes placebo (A), PBS (injection de 1% sodium pentobarbital) (B), MSCs (C), MSCs + EA (D), TrkC-MSCs (E) et TrkC-MSCs + EA (F). Les sections (a-f) objectivent un plus fort grossissement de (A-F). Les gaines de myéline normales sont présentes dans le groupe sham placebo (A et a). Dans le groupe PBS, les sites de démyélinisation sont principalement occupés par les axones de démyélinisation (flèches noires) et les débris des gaines de myéline uniquement lors de l’injection EB (B et b). Bien que les groupes de transplantation MSCs (C et c) ou TrkC-MSCs (E et e) voient également l’augmentation modérée du nombre de nouvelles cellules de myéline (remyélinisation, flèches rouges), la myéline détruite (flèches noires) est encore présente de manière considérable dans le funiculus dorsal de la moelle épinière. Il est à noter qu’une remyélinisation plus importante (flèches rouges) a été retrouvée dans les groupes MSC + EA (D et d) et TrkC-MSC + EA (F, f). Analyse ultrastructurale (G-L) dans les groupe sham (G), PBS (H), MSCs (I), MSCs + EA (J), TrkC-MSCs (K) et TrkC-MSCs + EA (L).  On objective la dégénérescence de la myéline (flèches noires, présentant une apparence en oignon avec des lamelles de myéline désorganisées et desserrées), la myéline régénérée (flèches rouges, montrant une épaisseur plus mince de la gaine de myéline) sur le site de démyélinisation / greffe de la moelle épinière. (M) comparaison du nombre des trois types de myéline (myéline dégénérée, myéline régénérée et myéline normale) dans les cinq groupes (par rapport au groupe PBS, * statistiquement significatif p <0,01 ;  en comparaison avec les groupes MSCs ou TrkC-MSC, # p <0,05) ; d’après [16].

 

Bref, comme dans les séquelles de traumatismes vertébro-médullaires, l’utilisation des transplants de cellules souches de moelle osseuse en association avec l’EA agit de manière synergique en modifiant l’environnement hostile du site lésionnel et en promouvant la régénération axonale par accroissement des facteurs neurotrophiques [[17]].

Mais si d’un point de vue expérimental l’acupuncture semble être efficace, que nous apprend la pratique clinique ?