Une introduction à la moxibustion japonaise

     CAUDET PIÑANA Felip

     Paris : Springer Verlag France, 2012.

     -112 p. ; 15,4 cm x 23,4 cm. Broché, fig, illust., biblio.

     ISBN 978-2-8178-0302-9- : 35

 

 

L’introduction à la moxibustion japonaise de Felip Caudet Piñana est un ouvrage qui permettra au praticien de se réapproprier une technique pas assez utilisée, peut-être parce que chronophage et certainement peu connue du praticien. D’ailleurs, il arrive même qu’elle soit confiée au patient lui-même qui gère sa thérapie comme on l’a vu par exemple dans les versions du siège par moxibustion du 67V (zhiyin) [[1],[2]]. Pourtant, la moxibustion introduite en Europe pour la première fois par Kaemfer à la fin du XVIIe siècle a connu un grand développement en Asie où sa popularité est souvent bien supérieure à celle de l’acupuncture. Ainsi au Japon, elle a constitué une médecine populaire et familiale [[3]]. L’un des Maîtres japonais, Shimerato Hara dont Caudet Piñana décrit la méthode dans son livre illustré par une iconographie explicite, écrivait déjà en 1954 l’intérêt de pratiquer une moxibustion directe de boules d’armoise de la taille d’un grain de riz chez les adultes sur huit points lombo-sacrés associés au point ES36 (zusanli). Cela avait pour effet selon Hara d’augmenter le taux de leucocytes et d’hématies et de prévenir les maladies, à condition de réaliser cette moxibustion directe pendant six à huit semaines au printemps et à l’automne [[4]].

Caudet Piñana décrit deux types de moxibustion japonaise : la moxibustion indirecte sans cicatrice, dite onkyu, et celle qui est moins usitée en Europe, la moxibustion directe okyu, technique avec application directe sur la peau sans substance intercalée, donc avec (yukonkyu) ou sans (okyu) cicatrice de brûlure.

La moxibustion indirecte peut être utilisée avec un isolant comme l’ail, le gingembre, la feuille de néflier (biwakyu), le sel (figure 1) etc., ou par réchauffement par bâton d’armoise (onkyu kamaya) qui correspond le plus à la moxibustion chinoise à l’Artemisa vulgaris. Notons que les japonais utilisent environ quarante variétés d’armoise qui servent toutes à la moxibustion.

 

Figure 1. Moxibustion indirecte sur lit de sel.

 

La moxibustion directe aura pour objectif soit une cautérisation (technique danokyu) : rarement utilisée car entraîne un exsudat avec brûlure ; soit une sensation de chaleur pénétrante (technique tonetsukyu). Dans la technique tonetsukyu, on va utiliser six tailles de cônes d’armoise qui va de la taille d’un brin de fil à la taille d’un grain de riz ou de blé. Plus la base du cône est petite et plus son effet sera profond. Caudet Piñana nous décrit pas à pas cette technique, de l’élaboration manuelle à partir de l’armoise jusqu’à l’allumage de l’okyu à l’aide d’un bâtonnet d’encens jusqu’au contrôle de la chaleur et son extinction.

Un autre point essentiel de la moxibustion japonaise est le concept de point « vivant » (ikita tsubo) dans le sens qu’il est nécessaire par la palpation de rechercher le point d’acupuncture actif car il a une situation variable et fluctuante dans le temps, non fixe comme le point classique d’acupuncture chinois. Cela se rapproche de l’école Keiraku chiryo, encore dénommée thérapie méridienne japonaise [[5]]. On retrouve cela dans le style de moxibustion de Fukaya qui fonde ses traitements sur la palpation des points réactifs « vivants » plutôt que sur des recettes de points d’acupuncture chinois.

Ce livre est intéressant car outre le fait de décrire les différentes variétés de moxibustion japonaise, la fabrication de l’okyu et son usage, il explique aussi les traitements spéciaux, comme le traitement par l’emploi de la corde, le traitement Taikyoku de Sawada fondé sur la théorie des Cinq Eléments, les six joyaux de Shimada Takashi etc. Enfin un chapitre complet sera consacré à la moxibustion de Fukaya et à son tube de bambou qui permet de réduire la sensation de brûlure. Sept cas cliniques illustreront justement cette dernière technique ainsi que celle de l’okyu.

On peut regretter que l’auteur néglige toute la partie scientifique de la recherche expérimentale sur la moxibustion. Quel est le mécanisme neurophysiologique de la moxibustion ? Il fait juste référence aux explications de Hara, mais qui datent malheureusement. Néanmoins, une petite bibliographie est fournie en fin d’ouvrage sur l’action de la moxibustion au niveau du système immunitaire, dont la référence la plus récente date de 2004. Or la recherche expérimentale sur cette technique s’accentue. On pourra ainsi découvrir les recherches récentes sur le système immunitaire [[6],[7]], mais aussi celles sur l’analgésie qui fait intervenir entre autres, la stimulation des nocicepteurs polymodaux [[8]], la downrégulation des récepteurs TRPV1 (transient receptor potential vanilloide 1) [[9],[10]], le tout en rapport la théorie des contrôles inhibiteurs descendants déclenchés par stimulations nociceptives (CIDN) [[11],[12],[13]]. On reste aussi sur sa faim quant aux études cliniques. En effet, pour appuyer l’efficacité de la moxibustion, on aurait bien voulu quelques références sur les essais contrôlés randomisés et méta-analyses qui pourtant ne manquent pas [[14],[15],[16],[17],[18]]. Mais il est vrai aussi que cet ouvrage n’est qu’une introduction à la moxibustion japonaise et de ce fait, ne pourra que vous mettre l’eau à la bouche afin d’approfondir vos connaissances.

 

Références

 

[1]. Nguyen J. Echec de la moxibustion dans les versions du siège : porter attention à l'observance ! Acupuncture & Moxibustion. 2006;5(2):155-157.

[2]. Millereau M, Branger B, Darcel F. [Fetal version by acupuncture (moxibustion) versus control group]. J Gynecol Obstet Biol Reprod (Paris). 2009;38(6):481-7.

[3]. Nguyen J, Reboul JL, Subey G. Technique de la moxibustion. Conférences d'Acupuncture, Gera, Toulon. 1979;4:49-65.

[4]. Hara S. Les moxas. Bulletin de la Société d'Acupuncture. 1954.12:29-33.

[5]. Stéphan JM. Yanagiya Sorei et la Keiraku chiryo. Acupuncture & Moxibustion. 2012;11(4):234.

[6]. Pei J, Wei H, Liu ZD, Yu YM, Ni CR, Wu HG. [Effects of moxibustion on the expression of IL-1beta, IL-2, IL-6 mRNA and protein in the cerebral cortex in tumor-bearing mice]. Zhen Ci Yan Jiu. 2010 Aug;35(4):243-9.

[7]. Sun LH, Liang YL, Sun YH, Sun YH, Zhang HZ, Li XF, Ma HL, Zhao ZS, Jiang HT. [Effect of mild moxibustion on macrophage number and collagen expression of raw surface tissue in chronic refractory skin ulcer rats]. Zhen Ci Yan Jiu. 2012;37(4):259-65.

[8]. Dong XM, Dong QS, Zhang XQ, Zhu L. [Antipyretic effect of moxibustion at different temperatures and its relationship with the activity of temperature sensitive neurons in thermotaxic center]. Zhongguo Zhen Jiu. 2012

Feb;32(2):149-54.

[9]. Lu SF, Yin HY, Tang Y, Zhang CS, Yu ML, Luo L, Yu SG. [Considerations about study on mechanisms of thermal efficacies of moxibustion from activities of transient receptor potential family]. Zhen Ci Yan Jiu. 2012 ;37(2):151-4, 160.

[10]. Fu CP, Liu AL, Yang XX, Zou WY, Yang B, Zhang DL, Chen T, Wu L, Zou T, Chen RX. [Effect of moxibustion of "dachangshu" (BL 25) area on pain reaction and TRPV 1 mRNA expression of bone marrow cells in visceral hyperalgesia rats]. Zhen CiYan Jiu. 2013 Feb;38(1):14-9

[11]. Le Bars D, Dickenson AH, Besson JM. Diffuse noxious inhibitory controls (DNIC). I. Effects on dorsal horn convergent neurones in the rat. Pain. 1979;6(3):283-304.

[12]. Dickenson AH, Le Bars D. Supraspinal morphine and descending inhibitions acting on the dorsal horn of the rat. J Physiol. 1987 Mar;384:81-107.

[13]. Le Bars D, Villanueva L, Bouhassira D, Willer JC. Diffuse noxious inhibitory controls (DNIC) in animals and in man. Patol Fiziol Eksp Ter. 1992;(4):55-65.

[14]. Chen R, Xiong J, Chi Z, Zhang B. Heat-sensitive moxibustion for lumbar disc herniation: a meta-analysis of randomized controlled trials. J Tradit Chin Med. 2012;32(3):322-8.

[15]. Lee S, Kim KH, Kim TH, Kim JE, Kim JH, Kang JW, Kang KW, Jung SY, Kim AR, Park HJ, Shin MS, Hong KE, Song HS, Choi JB, Kim HJ, Choi SM. Moxibustion for treating knee osteoarthritis: study protocol of a multicentre randomised controlled trial. BMC Complement Altern Med. 2013;13:59.

[16]. Pei LX, Zhang XC, Sun JH, Geng H, Wu XL. [Meta analysis of acupuncture-moxibustion in treatment of irritable bowel syndrome]. Zhongguo Zhen Jiu. 2012;32(10):957-60.

[17]. Park JE, Sul JU, Kang K, Shin BC, Hong KE, Choi SM. The effectiveness of moxibustion for the treatment of functional constipation: a randomized,sham-controlled, patient blinded, pilot clinical trial. BMC Complement Altern Med. 2011;11:124.

[18]. He XR, Wang Q, Li PP. Acupuncture and Moxibustion for Cancer-related Fatigue: a Systematic Review and Meta-analysis. Asian Pac J Cancer Prev.2013;14(5):3067-74.