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Les limitations :

- Cette étude ne peut s’appliquer qu’à une certaine population cible : femmes, et une certaine pathologie, cancer du sein traité par chimiothérapie myéloablative.

-          Il faudrait voir si l’acupuncture est aussi efficace versus les nouvelles molécules (ondansetron) et les nouveaux protocoles. Donc d’autres ECR sont à réaliser…

- problème du groupe puncture minimale. Dans cette étude, les patients étaient incapables de distinguer la différence (tests statistiques pour preuve) entre acupuncture classique et acupuncture minimale que les auteurs  désignent du terme « non-classique ». Or nous savons qu’il existe une efficacité statistiquement significative de cette forme d’acupuncture (5, 6),  bien que d’autres auteurs disent le contraire(7).

 

Cette étude relève de ce que Johan Nguyen (8) décrit comme des essais de type B (acupuncture contre traitement de référence), mais aussi essais de type D (acupuncture contre fausse acupuncture). Le but des auteurs de cet essai était double : différencier l’effet spécifique de l’effet non-spécifique, et démontrer l’efficacité de l’électroacupuncture afin de définir sa place dans la stratégie thérapeutique (8).

 

Les points utilisés ici comme antiémétiques sont classiquement retenus.

MC 6 (Neiguan) : point classique dans les vomissements, point Luo du Shou Jue Yin et surtout point clé du Yin Wei Mai, qui intervient préférentiellement sur la sphère neuropsychique et aussi sur la sphère digestive.

ES 36 (Zusanli) est le point He du méridien d'Estomac qui permet de calmer, contrôler et d'équilibrer le Qi et d'abaisser la Chaleur de l'Estomac en harmonisant Rate , Estomac, le Sang  et le Qi.

MC 6 est systématiquement utilisé dans les études, ES 36, bonne indication aussi, l’est nettement moins. Ce traitement classique est aussi préconisé comme points symptomatiques des nausées et vomissements dans le traité d'acupuncture de l'institut de médecine traditionnelle chinoise de Shanghaï (traduction de C. Roustan).

 

Que dire maintenant des points retenus pour la puncture minimale : points situés près de  P 7 et VB 34. Je remarque en passant que les auteurs n’ont pas fait l’effort de mettre les noms des points en nomenclature chinoise pinyin. Mais ils utilisent tout de même la nomenclature internationale anglaise de 1980.

Notons que les auteurs décrivent ces deux points utilisés en disant qu’ils se trouvent près de P 7 et VB 34, sans donner exactement une distance. Certains chercheurs avaient tenté de déterminer la spécificité du point chinois en comparant les effets respectifs de stimulations appliquées à son niveau exact et sur un site voisin plus ou moins proche. Les résultats ne montrent pas de différence significative. Par exemple, chez le lapin, ils ont démontré que les effets de la stimulation se font  sentir tout autour d’une zone autour du point précis, mais s’atténuent dès qu’on s’éloigne trop (10,11). Ces résultats indiquent que le respect absolu des emplacements des points d’acupuncture n’est pas indispensable pour observer un effet hypoalgésique par exemple. La stimulation de zones d’innervation comparable produit donc des effets identiques.

 Mais c’est vrai aussi que les auteurs de cet essai n’ont pas cherché à mettre en place un placebo actif, mais ont plutôt cherché un protocole d’acupuncture minimale ‘acupuncture non-classique’ avec stimulation électrique feinte, qui ne sont pas indiqués pour le contrôle des vomissements.

Que penser donc de ces deux points ?

 

VB34 (Yanglinquan) n'est pas aussi inefficace dans les vomissements que semblent le dire les deux médecins acupuncteurs experts dans l'étude. En effet, le VB 34  a une action statistiquement significative dans les vomissements comme l’atteste l’étude de Chu en 1998 dans la prévention des vomissements après chirurgie de strabisme chez l’enfant.(9)

 

 En effet, Le VB 34, point Hui, grande Réunion des muscles et des tendons, point He à action spéciale sur la vésicule biliaire, est aussi un des douze points "étoile céleste". Donc sa sphère d'activité n'est pas limitée qu'à la pathologie neuromusculaire. On le préconise également dans une variété d'hypertension artérielle, certaines précordialgies, les pathologies neurologiques (migraines, céphalées, zona...) et ... dans les pathologies digestives (lithiases des voies biliaires, gastrites, ulcères, colopathies, hépatites),

 

P7 (Lieque), point clé du Ren Mai, n'est pas vraiment inefficace non plus. Le Ren Mai, vaisseau Conception,  présente en cas d'atteinte des symptômes de la sphère digestive, et en particulier des vomissements. Le Ren Mai, contrôle et régule les méridiens principaux et merveilleux vaisseaux Yin, mais aussi tous les points Mu qui se trouvent sur son trajet, contrôle enfin les fonctions digestives, sexuelles et respiratoires. Ainsi le RM 13 est le point des nausées et vomissements.

 

Conclusion : ni le VB34, ni le P7 ne peuvent être considérés comme des points complètement inefficaces dans les vomissements, même si on ne recherche pas le "De Qi" et même si l'électroacupuncture est feinte à ces niveaux.

 

Il y a donc une spécificité partielle de VB 34 et P7 sur les vomissements.

L'effet non spécifique lié à la relation patient-Acupuncteur ne peut être prouvé, car même si l'électroacupuncture minimale est moins efficace que l'électroacupuncture spécifique, c’est malgré tout de l'acupuncture agissant réellement de manière spécifique sur les vomissements .

 

D'où l'intérêt de mettre en oeuvre un comité d'expertise de spécialistes en acupuncture qui validerait les protocoles d'acupuncture utilisés, surtout ceux considérés comme placebo ou à action minimale.

Ici deux acupuncteurs avaient été chargés d’évaluer le protocole, un exerçant l’acupuncture  en privé depuis 3 ans, et l’autre davantage expérimenté (20 ans d’exercice).

En fait, les auteurs ont étudié 2 protocoles d’acupuncture, l’un plus spécifique que l’autre dans les vomissements.