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Efficacité et innocuité de la moxibustion pour soulager les symptômes de la vessie hyperactive

 

Le matériel de moxibustion : appareil Haitnim avec bâton de mini-moxa de Kanghwa pour moxibustion indirecte. Protocole de l’ECR de type croisé.

 

Cet essai pilote comparatif randomisé et croisé a pour objectif d’évaluer la faisabilité de futurs ECR visant à explorer l'efficacité et l’innocuité de la moxibustion dans le traitement de la vessie hyperactive.

Menée dans un service de consultation externe d'un hôpital universitaire à Yangsan (Corée du sud), la durée de l’étude était de huit semaines. Les vingt-huit participants ont été répartis de façon aléatoire dans le groupe A ou le groupe B. Agés entre 20 et 75 ans, ils présentaient des symptômes de vessie hyperactive depuis plus de 3 mois.

Les participants du groupe A ont bénéficié de 8 à 12 séances de moxibustion (M) associées à une thérapie comportementale (TC) au cours des quatre premières semaines (soit 2 à 3 séances/semaine), tandis que les participants du groupe B ont uniquement suivi une TC. Au cours des quatre semaines suivantes, le traitement offert aux deux groupes a été inversé : les participants du groupe A ont uniquement reçu une TC, tandis que les participants du groupe B ont reçu M et TC.

Les points utilisés : 4VC (guanyuan), 3F (taichong) et 6Rt (sanyinjiao). Le nombre d’applications de la moxibustion chaque point d’acupuncture varie en fonction de la capacité du patient à tolérer la température du dispositif de moxibustion. La moxibustion indirecte était stoppée soit par combustion totale du cône de moxa, soit par demande du patient en rapport avec une intolérance à la température trop élevée. La moxibustion indirecte n'était pas renouvelée sur les points où la température avait été signalée intolérable par les participants. L’application répétée de moxibustion indirecte a été réalisée uniquement sur les points d'acupuncture pour lesquels les participants n’avaient exprimé aucune intolérance à la température lors de l'application précédente. Tout ce protocole pouvait être répété jusqu'à sept fois pour chaque point d'acupuncture.

La thérapie comportementale comportait des instructions relatives à l’entraînement de la vessie à la miction (augmentation progressive du temps entre les mictions). Les participants ont également été invités à éviter le café, le thé, l'alcool, les boissons gazeuses, les édulcorants artificiels, le chocolat et des aliments épicés. Tous les traitements contre l'hyperactivité vésicale, incluant les traitements pharmacologiques (propivérine, oxybutynine, flavoxate ou imipramine) et non pharmacologiques (stimuli électriques, stimulation magnétique extracorporelle) ont été surveillés pendant la durée de l'étude.

Les critères de jugement étaient l'outil de sensibilisation portant sur huit questions (OAB-V8), les scores des symptômes de la vessie hyperactive (OABSS) et l'échelle visuelle analogique (EVA) concernant les symptômes des voies urinaires inférieures.

Les résultats cliniques ont été évalués au moment du recrutement (T1, base), après quatre semaines (T2) et après huit semaines (T3). Les changements notés à T2 par rapport à T1 objectivaient l’effet thérapeutique de la moxibustion dans le groupe A par rapport aux participants du groupe B en liste d'attente avec TC. Les changements entre T3 et T2 objectivaient l'effet thérapeutique de la moxibustion dans le groupe B et l'effet prolongé de la moxibustion dans le groupe A. Les variations entre T3 et T1 ont montré l’effet thérapeutique ainsi que l’effet prolongé dans le groupe A et l’effet du traitement retardé dans le groupe B.

La mesure « g » de Hedges pour l’effet de taille (SD) a été calculée pour comparer les différences entre les deux groupes. Le « g » de Hedges est très similaire au « d » de Cohen (différence entre les moyennes divisée par les écarts types mis en commun), mais est moins biaisé si la taille de l’échantillon est petite en termes de taille d'effet. La valeur « g » de Hedge fournit une taille d'effet estimée, qui permet de déterminer les informations numériques relatives aux différences entre les deux valeurs et de comparer les résultats à ceux d'autres études. La taille de l'effet est interprétée comme suit en valeur absolue : 0,2 = faible ; 0,5 = moyen ; 0,8 = grand ; 1,2 = très grande ; 2,0 = importante.

Comparé à celui du groupe B, le « g » de OAB-V8 concernant les quatre semaines précédentes du groupe A était de -0,248 (effet de taille faible), celui de OABSS de −1,531 (effet de taille grand) et celui de VAS de -0,713 (effet moyen). Au cours des quatre dernières semaines, le groupe B a montré un effet similaire avec « g »  = 0,465 ; 1,207 et 0,427 pour OAB-V8, OABSS et VAS, respectivement, par rapport au groupe A. La partie du volume de  miction nocturne a diminué (g=-0,965), le volume d'évacuation moyen a augmenté (g =0,690) et la fréquence d' évacuation a diminué (g=-0,498) avec la moxibustion.

La moxibustion peut donc être considérée comme une alternative au traitement de la vessie hyperactive. Un ECR de grande puissance est néanmoins nécessaire pour le prouver en suivant ce protocole.

 Lee HY Yun YJ, Choi JY, Hong JW, Lee I, Park SH, Kwon JN. Effectiveness and safety of moxibustion for alleviating symptoms of overactive bladder: A prospective, randomized controlled, crossover-design, pilot study. Medicine (Baltimore). 2018 Aug;97(34):e12016.