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Adénosine et acupuncture : comment l’acupuncture soulage la douleur   

 

Structure de la molécule d’adénosine C10H13N5O4.

Goldman et coll. sont les premiers à constater que l’adénosine, naturellement présente dans l’organisme joue un rôle de premier plan dans les propriétés anti-nociceptives de l’acupuncture. Ces actions requièrent l’expression du récepteur A1 à l’adénosine. Une injection directe d’un agoniste du récepteur A1 à l’adénosine entraine le même effet analgésique que l’acupuncture. Les auteurs ont d’abord constaté que dans la zone où avait été insérée l’aiguille d’acupuncture près de l’articulation du genou chez la souris, le taux d’adénosine dans les tissus était vingt-quatre fois supérieur au taux avant traitement. L’adénosine est connue, en dehors d’autres actions, pour son rôle antinociceptif après une blessure au niveau de la peau. Les chercheurs ont objectivé que l’acupuncture soulageait la douleur à la patte chez des souris qui souffraient de deux modèles de douleur : soit inflammatoire, soit neuropathique. L’acupuncture a permis de soulager les souris à l’exception des souris chez lesquelles les récepteurs à l’adénosine étaient désactivés (par exemple des animaux ayant subi des mutations sur les récepteurs en question), ce qui confirme le rôle de la molécule dans le processus antidouleur. En allant plus loin, les neurobiologistes ont administré aux souris de la deoxycoformycine (thérapeutique indiquée dans certaines leucémies) qui permet à l’adénosine de s’accumuler dans les tissus. Avec cette molécule, les effets de l’acupuncture ont été améliorés et prolongés d’une durée de 3 heures à 3 h 30 au lieu de 1 heure à 1 h 30. A noter qu’on ne peut utiliser cette molécule en pratique courante, car bien trop toxique. En conclusion, un des mécanismes responsables de l’activité anti-nociceptive de l’acupuncture vient d’être découvert : l’insertion et la rotation des aiguilles à la recherche du deqi au cours de la séance d’acupuncture provoqueraient une production locale d’adénosine, molécule antidouleur. Il ne reste plus qu’à démontrer que l’adénosine joue exactement le même rôle chez l’être humain.

Goldman N, Chen M, Fujita T, Xu Q, Peng W, Liu W, Jensen TK, Pei Y, Wang F, Han X, Chen JF, Schnermann J, Takano T, Bekar L, Tieu K, Nedergaard M. Adenosine A1 receptors mediate local anti-nociceptive effects of acupuncture. Nat Neurosci. 2010 Jul;13(7):883-8.